‹ Œuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littérairesChapitre 22 sur 26 · PRINCE DE LIBYE · texte numérisé non relu

PRINCE DE LIBYE

Un historien fameux a écrit les aventures d'une reine de Libye qui, par un seul accouchement, se vit mère de sept princes. Je ne m'étendrai pas sur cette histoire surprenante ; je me contenterai d'en rapporter une seule circonstance nécessaire au sujet que j'ai entrepris de traiter. L'oracle de Jupiter-Ammon ayant déclaré qu'Adonisthus, celui de tous les fils de la reine, qu'elle aimait le plus , serait roi avant tous ses autres frères, la reine, qui craignait que cette prédiction ne donnât de la jalousie aux frères de ce prince, aima mieux se priver de sa vue, que de le laisser exposé au malheur que cette jalousie lui pourrait attirer : elle le fit partir de Libye pour aller chercher dans les pays étrangers à avancer, par quelque grande action , l'effet de l'oracle, ou du moins à s'en rendre digne.

Le départ d'Adonisthus fur reçu diversement

dans la cour du roi de Libye; les uns louèrent la courageuse résolution de ce jeune prince ; les autres la trouvèrent trop indiscrète et trop téméraire ; quelques-uns appréhendèrent qu'il n'y eût sous cette résolution des intrigues secrètes de la reine avec les étrangers, pour lui assurer le royaume au préjudice de tous ses autres frères; presque tous ces princes, sans faire aucune réflexion sur les suites , eurent beaucoup de joie de son éloignement; le seul Âménophis en eut un véritable chagrin. Ce n était pas qu'il eût aucune afiection particulière pour Adonisthus; mais, comme il était né avec les plus grandes et les plus nobles inclinations qu'un prince puisse avoir, il était affligé que son frère se mit sitôt dans le chemin d'acquérir de la gloire, pendant qu'il se voyait en quelque manière éloigné de Fimiter, parce que la reine, dont toute la tendresse était pour Adoiiisthus, ne voulait pas permettre que les autres princes, ses fils, fissent de semblables entreprises, où peut-être ils eussent effacé Adonisthus.

Aménophis passait tristement ses jours avec le regret de languir dans une honteuse oisiveté; il ne prenait plus aucune part aux plaisirs de la cour; il était toujours dans les forêts, où la chasse faisait son unique occupation, moins pour se divertir, que pour se préparer et s'ac-

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coutumer à soutenir de bonne heure de plus grandes fatigues. Un jour qu'il se trouva seul, fort éloigné de tous ceux qui l'avaient suivi, il arriva en rêvant jusque sur le bord de la mer; elle était encore enflée et agitée d'une furieuse tempête : il s'arrêta, et il promenait ses regards sur les flots , sans dessein et sans attention , lorsqu'une planche du débris d'un vaisseau, poussée par une vague impétueuse, jeta presque à ses pieds un homme qui était sur cette planche et qu'il crut mort. La compassion le fit approcher, et il s'aperçut qu'il respirait encore. La pâleur de son visage n'empêcha pas Âménophis d'y remarquer je ne sais quel air de noblesse qui lui fit souhaiter de le pouvoir secourir utilement; il le fit, et l'infortuné étranger revint insensiblement à lui. Il regarda Aménophis avec des yeux où la mort était encore peinte, et où elle n'empêchait pas la reconnaissance de paraître. Qui que vous soyez, ditil au prince , vous venez de sauver la vie au plus malheureux des hommes. Je croirai que les dieux sont las de me persécuter, s'ils daignent quelque jour me mettre en état de la perdre pour vous.

Ce discours, la physionomie noble de l'étranger , ses habits même qui , tout mouillés qu'ils étaient, laissaient voir de la magnificence, aug-

menlérent rattention et la curiosilé d'AménophiSy et , voyant arriver de ses gens écartés par la chasse» il Gt donner un cheval ik Tincoonu, et il Tobligea à venir avec lui à une maisoD île campagne où il avait accoutumé de coucher assez souvent. Les premiers jours qu'ils pasaè* rent ensemble leur inspirèrent de Testime Tun pour Tautre; et cette estime fut suivie de Tenvie de se connaître.

Âménophis ne lui cacha point qu*il était fib du roi de Libye : Prince, lui dit alors Méoécrate ( c*était le nom de l'étranger)» je ne vous laisserai pas ignorer plus long-temps que vo* secours sont tombés sur un homme qui , par ta naissance, n*en est pas indigne, et qui, par ses malheurs, les mérite d'un cceur aussi généreux que le vôtre.

Je suis fils du roi de File du Soleil. Lrs infortunes de ce prince sont aussi connues qur Test cette ile, où, de tous les cotés du monde, on vient adorer le soleil; je ne sais, ajouta*t-il, si elles sont parvenues jusqu'à vous, ou s'il est possible que vous les ignoriex. Aménophis lui avoua qu'il en avait entendu parler fort confu* sèment, et qu'il lui ferait plaisir de les lui apprendre. Alors Ménécrate reprit ainsi la parole :

L'ile du Soleil, où, comme je vous l'ai dit • pres<]ue tous les peuples qui adorent le soleil

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envoient lous les ans faire des sacriSces, était gouvemëe par deux puissances; le rai avait le commandement des armées et la disposition des emplois et des dignités ; le grand-pr&tre du soleil exerçait souverainement toutes les autres parties du gouvernement. Jusqu a nés derniers temps ces deux puissances avaient été si bien unies , que rien n*était comparable au repos et à la félicité dont jouissaient les peuples de cette lie. La fortune sVst lassée de leur être si favorable ; elle a élevé à la dignité de grand-prétre un homme également dangereux par ses vices et par ses vertus. Cet homme, qui s'appelle Philocoris, a beaucoup d esprit , et autant de connaissance des sciences que s*il avait passé toute sa vie dans Télude. On dit que c*est un des hommes du monde les mieux faits , aussi séduisant par la beauté et par les gr&ces de sa personne, que par les charmes de son esprit. U avait à peine vingt-cinq ans , lorsqu il fut élevé i cette haute dignité par le suffi*age de tous les peuples , que son éloquence avait éblouis dans les fréquentes harangues qu'il leur faisait. Jusqu'alors il avait si bien imité les apparences de la vertu, qu on ne le soupçonnait pas même de connaître les vices. U en avait pourtant beaucoup : une ambition sans bornes, un orgueil insurmonUble, et un si furieux dérégie-

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ment dans ses mœurs, que , quoique par les lois de notre religion il lui fut permis d'avoir trois femmes légitimes, ses passions insensées ne pouvaient pas s'y fixer ; il cherchait tous les jours des maîtresses nouvelles. Il en était venu à un tel excès de désordres , qu'il faisait enlever dan» l'ile les plus belles personnes que les ministres de ses passions pouvaient découvrir, et il les tenait enfermées dans le palais du Soleil, pour servir à ses déréglemens. Le roi Zénotras , mon père, crut qu'il ne lui était pas permis de souffirir tant de vices impunis ; il en parla au grand -prêtre, qui lui répondit avec tant d'insolence, que le roi entreprit de le faire déposer. Il y trouva des difiicultés invincibles, et les affaires s'aigrirent à tel point qu'il fut obligé de lever des troupes.

Le grand-prêtre trouva plus de scélérats pour le défendre , que le roi mon père n'eut de sujets fidèles pour lui obéir. Philocoris répandit parmi le peuple un faux oracle rendu par le Soleil , à ce quHl disait; cet oracle déclarait que le Soleil voulait que son ile fât libre, et que les p^iples n'y reconnussent aucune autre autorité que la sienne. Ce Ait là le signal d'une révolte générale; le peu de troupes fidèles qui combattaient pour le roi furent massacrées avec lui ; la reine ma mère eut un semblable sort, et je n'aurais

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pas échappé au glaive cruel du grand-prétre , quoique je n eusse que huit ans , si un fidèle sujet du roi et de la reine ne m'eût enlevé, et sUl ne m'eût mis dans une barque qui me conduisit secrètement dans une autre ile où j'ai été élevé. Aussitôt que je fus parvenu à l'âge de raison, je n'ai songé qu'à venger le sang de mes parens, et qu'à punir leurs meurtriers; j^ai couru inutilement dans diverses iles de nos mers fort éloignées de cette contrée ; j'y ai trouvé beaucoup de compassion et fort peu de secours; enfin j'arrivai au royaume de Chypre, dont le roi, généreux et sensible à la gloire, voulut bien me donner une flotte pour reconquérir l'ile du Soleil. Ma navigation a été trèslongue. Il a semblé que les dieux me refusaient l'abord de cette ile; je l'ai vue plusieurs fois sans en pouvoir approcher; mais, m'étant rendu maître de quelques vaisseaux qui en sortaient, j'en appris des nouvelles qui me font horreur. L'indigne Philocoris, devenu souverain et maître absolu , a exigé de ses malheureux sujets un tribut jusqu'à présent inouï. Il les a obligés à courir les mers comme des pirates pour lui amener, des pays les plus éloignés, les plus belles personnes qu'ils peuvent rencontrer, et il a autorisé cette impiété par de nouveaux mystères de religion qu'il a inventés. J'ai pourtant

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SU que la plupart des grands et le peujde com^ mencent à être détrompés, et qu'ils voient avec horreur les désordres de leur tyran. Une tempête furieuse m'a poursuivi pendant plusieurs jours; j'ai vu périr et submerger toute la flotte qui m'accompagnait ; j'ai été jeté sur le bord de la mer, où je commence à croire que les dieux veulent me protéger, puisqu'ils m'ont, fait rencontrer dans le prince de Libye les secours que j'y trouve.

Aménophis rêva long-temps après avoir entendu ce récit, et Ménécrate ne savait à quoi at^^ tribucr un silence si extraordinaire, lorsque ce prince, sortant de sa rêverie, l'embrassa et le pria de vouloir bien n'apprendre à personne qu'à lui ce qu'il venait de lui raconter. Vous m'êtes envoyé par les dieux, lui dit-il, pour me déterminer au parti qu'il y a long-temps que j'ai résolu de prendre.

La vie obscure que je mène ici dans les délices d'une vie oisive, me fait honte; je voulais aller chercher la gloire et les aventures qui peuvent donner un nom célèbre , et je ne savais de quel côté tourner mes pas ; ce sera présentement vers l'Ile du Soleil. Je ne vous cacherai pas qu'il faut que ce soit à l'insu du roi mon |)ère et de la reine ma mère ; mais ne craignez point que le secours que je veux vous donner en

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soii moins prompt, ni peut-être moins utile.

Je ne vous promets pas des flottes ni des armées , mais je vous promets un nombre choisi des plus braves et des plus fidèles honunes de la Libye ; ils me suivront partout où je voudrai les mener; et ce que vous venez de me dire de la disposition où sont les peuples de l'ile du Soleil me fait penser que nous réussirons mieux à détrôner le tyran , si nous y arrivons sans lui donner aucun sujet d'ombrage.

Ces deux princes convinrent de toutes les mesures qu'ils devaient prendre , et de garder un profond secret de leur dessein. Ménécrate demeura inconnu dans la maison de campagne où Aménophis le laissa , et ce prince conduisit si heureusement son entreprise , qu'au bout de quelques jours il fut assuré de deux cents jeunes Libyens résolus à se dérober de leur patrie pour le suivie. Ayant fait préparer un vaisseau dont les pilotes ignorèrent l'usage qu'on en voulait faire, il partit avec Ménécrate et ses braves Libyens. Ils firent voile vers l'île du Soleil , où, au bout d'un mois de navigation heureuse , ils prirent port, tous également inconnus, et sous le prétexte de faire des sacrifices au Soleil, comme c'était la coutume. Us jugèrent à propos de se disperser dans l'île en différens endroits , pour jeter en plus de lieux les bruits que dans

la suite il leur serait nécessaire de répandre ; ils convinrent d'un rendez-vous pour se donner de leurs nouvelles , et d'un signal pour se rassembler lorsqu'il en serait besoin.

Ménécrate mena Aménophis à un château qui était peu éloigné de la capitale de l'ile. Ce château appartenait à Grisotas, ce vertueux sujet qui avait sauvé Ménécrate. Il avait reçu de temps en temps des nouvelles de ce prince. Il savait qu'il était parti de Chypre avec une flotte puissante ; il l'attendait avec beaucoup d'impatience ; mais il fut extrêmement surpris lorsque Ménécrate , se faisant connaître à lui , lui raconta que sa flotte était perdue , et qu'il n'arrivait qu'avec deux cents hommes, que cet ami, qu'il lui montra en lui présentant Aménophis, lui avait donnés. Crisotas versait des larmes de joie en embrassant Ménécrate : Prince infortuné, lui dit-il, venez-vous vous livrer au meurtrier de votre maison ? Qu'espérez-vous que deux cents hommes puissent faire contre un tyran qui en a plus de vingt mille toujours sous les armes ? Il est vrai que les peuples commencent à se désabuser; il est vrai aussi que le palais du Soleil est devenu un lieu rempli de toutes sortes de honteuses voluptés; mais les peuples , qui le savent , et qui en ont horreur, ne laissent pas d'é(ro altachés au grand-

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prêtre par une infinité d'intérêts différens.

Crisotas^ lui répondit Ménécrate, pourvu que vous nous donniez vos conseils , nous espérons tout de notre courage et de la justice des dieux. Voyant que Crisotas considérait avec une extrême attention Aménophis, et qu'il paraissait surpris de Tair de grandeur et des charmes qui étaient répandus sur toute sa personne, il ne crut pas lui devoir cacher la naissance de ce prince. Crisotas , après avoir loué leur amitié, les pria Tun et l'autre de s'abandonner à sa conduite et de se tenir enfermés chez lui , jusqu'à ce qu'il eût été réveiller le courage et le zèle des anciens serviteurs de Zénotras ; et , partant peu de jours après, il laissa ces deux princes dans son château.

Après son départ , Ménécrate et Aménophis passèrent les premiers jours de leur solitude sans s'ennuyer. La femme de Crisotas , quoique avancée en âge, était encore aimable par ses manières et par son esprit ; Célidonie , sa fille , sans avoir un beauté parfaite , plaisait infiniment; elle était petite, mais sa taille était si proportionnée, et ses façons de penser et de s'exprimer si vives et si piquantes, que les beautés les plus régulières ne l'effaçaient pas; ses cheveux étaient blonds; elle avait le plus beau teint et les plus belles dents du monde.

On admirait, d'autres personnes auprès d'elle; mais on n'aimait qu'elle : les qualités de son âme étaient au^essus des charmes de sa per* sonne. Les deux princes passaient des jours entieris avec elle ; elle les instruisait des particulai*ités de l'histoire de l'ile. Âménophis , à son tour, lui contait les aventures de la coor de Libye y le dessein qu'il avait déjà formé , avant que de connaître Ménécrate , de chercher à acquérir de la gloire dans les pays étrangers. De semblables entretiens n'amusèrent pas long-temps Aménophis ; il était naturellement vif et ennemi du repos. Pour Ménécrate , il s'occupait , sans s'en apercevoir, et plus même qu'il ne voulait , du plaisir âe voir et d'entretenir Gélidonie; mais Âménophis, ne trouvant rien qui fixât ses pensées, se remit dans le goût de la chasse. Il suivait un jour on cerf qu'il avait lancé aux environs du châceao de Crisotas , et n'était accompagné que d'Anaxaras, Libyen qui avait toute sa confiance, lorsque la chasse le menant dans des campagnes où il n'avait point encore couru , le conduisit dans un bois dont la beauté et la magnificence des routes le surprirent. Il n'y fut pas long-temps sans être arrêté par un vaste enclos qui lui donna de la curiosité ; il oublia sa chasse et suivit longtemps le tour des murailles, pour voir s'il n'y

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découvrirait pas quelque eufrée. Le hasard lui (le apercevoir une porte que la négligence d'un jardinier avait laissée entr'ouverle : il mit pied à terre ; et , donnant son cheval à Ânaxaras , il eBtra, dans les plus beaux jardins du monde. La fraîcheur d'une infinité de fontaines jaillissantes, la beauté des arbres toujours verts, et la grande quantité de fleurs qui semblaient nai* tre sous ses pas, lui causèrent un étonnement qui l'engagea à marcher toujours, sans savoir ou il allait, il entra dans une salle d'orangers , où., sur. un gazon vert et semé de fleurs , entra quatre myrtes , qui semblaient former une espèce de lit, il vit une jeune beauté endormie. Il en approcha, avec une émotion dont il ne connaissait pas la cause ; il craignit de la réveiller ; ses nouveaux sentimens k rendant timide et comme immobile , il la considéra longtemps; il s'oubliait lui-même, et il ne savait ce qu'il devait souhaiter ou craindre; cependant il était plein d'admiration et de désirs. Une esclave, qui apparemment avait accompagné cette belle personne , et qui s'était éloignée , de peur de troubler son repos, revint en marchant doucement, et sans être aperçue d'Aménophis. Elle fat effirayée de voir un homme assez audacieux pour être entré dans les lieux sacrés; cependant comme elle vit que la jeune personne n'était

point éveillée^ elle se contenta de se mettre entre elle et Aménophis , à qui elle dit d'une voix basse : Téméraire ! ignorez-vous où vous êtes , et que la mort est le prix d'une telle har^ diesse? Parlant ainsi , elle le poussa hors de la salle d'orangers. Il était si troublé et si saisi de mouvemeus inconnus^ que, sans répondre à cette esclave , peut-être même sans entendre ce qu'elle lui disait, il se laissa conduire où elle voulut. Dés qu'elle fut derrière une palissade, où elle crut lui pouvoir parler plus sûrement , tille lui demanda qui il était. Je ne sais , dit-il , et j'ignore où je suis. Vous êtes, lui dit celte esclave, dans les jardins délicieux du grandprêtre. Il n'est permis à aucun mortel d'y entrer, vous vous exposez à une mort cruelle, et yoan exposez en même temps à une disgrâce terrible la , beauté que vous avez vue endormie. Apprenez-moi, continua-t-elle , qui vous a ouvert l'entrée de ces lieux. Je vois que vous êtes étranger, et j'ai pitié du péril où votre imprudence vous a fait tomber. Aménophis , un peu revenu à lui, raconta à l'esclave la manière dont il était parvenu jusque dans cet endroit où elle l'avait trouvé. U lui demanda ensuite , avec empres^ sèment, si c'était une femme du souverain pontife qu'il venait de voir. L'esclave lui appric que c'était une étrangère que des pirates avaient

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enlevée et présentée depuis peu au grand-prêtre , qui en était devenu éperdument amoureux. Il lui fit en même temps beaucoup de questions, à quoi l'esclave allait répondre , (juand elle entendit du bruit , qui lui donna à peine le temps de dire à Aménophis de fuir promptement , *s'il ne voulait se perdre, et perdre la beauté qu'il venait de voir.

La crainte d'exposer une personne qui venait de faire une si vive impression sur son cœur, lui fit prendre le parti de se retirer. Il fut assez heureux pour retrouver la même porte par où il était entré. Dés qu'il eut rejoint son fidèle Libyen, il le regarda sans lui rien dire, il reprit son cheval, et, sans s'informer de ce qu'était devenue la chasse : Anaxaras, lui dit-il, où veux-tu que nous allions? Anaxaras, étonné de ce discours , lui demanda d'où venait le trouble où il le voyait, et ce qui lui était arrivé. Mon cher Anaxaras, répondit le prince, je ne puis te le dire. Je suis le plus amoureux des hommes , et je ne me connais plus. Seigneur, dit Anaxaras, songez-vous que vous êtes venu ici pour détrôner un tyran , et non pas pour vous livrer à l'amour ? Ah ! reprit Aménophis , cet amour précipitera la perte de ce tyran. Je le hais, non -seulement comme un usurpateur, mais encore comme un rival qui possède ce que

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