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j'adore. Il s'abandonna ensuite à des rêveries, qu'Anaxaras n'osa interrompre. Ils arrivèrent fort tard au château de Grisotas ; on commençait à s'inquiéter de ne point voir Aménophis. Il se montra un moment , et , sur le prétexte de sa lassitude j il se retira aussitôt dans son appartement avec Anaxaras. Il passa toute la nuit dans l'agitation que donne une nouvelle passion f et sans pouvoir parler d'autre chose que de ce qu'il avait vu ; il dépeignit à ce favori l'air^ le visage et la taille de l'esclave qu'il avait entretenue y et il le conjura de s'informer qui elle était , et de tacher de trouver accès auprès d'elle.
Anaxaras s'acquitta de cette commission, avec tant d'adresse, qu'il lia un commerce assez par* ticulier avec elle. Peu scrupuleux dans ces sortes d'intrigues, qu'il ne craignait pas qui eussent de trop longues suites, il y a apparence qu'il lui persuada qu'il l'aimait. Quoi qu'il en soit, l'esclave était jolie; elle se plaisait à entretenir Anaxaras , et bientôt elle ne lui cacha rien de tout ce qu'elle savait. Il apprit, par elle, que l'étrangère, qui donnait à Aménophis une curiosité si vive, s'appelait Cléorise, qu'elle était insensible à la passion du grandprétre, qu'elle ne savait si cette insensibilité n'était point causée par quelque autre passion.
dont cQe ponrait «lDr^|véir««(w^; ear> ajo«ila T^^^ cia^e^ FliikKsffln$ est le ph» disBâbfe el le sùeikx &it de tons ks^ 1mmwdk$ ^ et je n^aii tu ^ueune femme fan résister. Om ignwe qui e$l eelle-ei; elle passe les jours à soopirw^ et je sub la senle à qui die daigne qiidqaefeiis parler; inais^ je n'ai encore ose hù bire aucune question » ni sur sosk coeuTy ni sur sa fiNrtnne. Anaxaras la pria de &ire en sorte qu'^Aménoplùs pât reToir encme Cléorise. L'esdaTe lui répondit » que ee ne pourrait être que le jour de la fôte du Soleil ; que ce jour-là elle placerait son ami dans le temple, en un lieu d'où il pourrait considérer cet objet de sa curiosité; (;u'il ne lui était pas possible de faire rien davantage. Anaxaras ren* dit compte de toute cette conversation au prince de Libye, qui attendit avec impatience le jour de la fête du Soleil.
Cependant Crisotas , qui était allé parcourir toute l'île et ranimer le courage et le zèle de ce qui était resté de sujets fidèles , vint retrouver les deux jeunes princes. Il leur dit qu'il avait confié le secret de la vie de Ménécrate à plusieurs des plus considérables de l'Ile; qu'il espérait que, lorsque l'occasion s'offrirait de se déclarer, ce prince se trouverait le plus fort ; mais qu'il croyait qu'il ne fallait rien précipiter; et que, avant d'attaquer l'usurpa t4Mir, il
fallait prendre des mesures si justes et si certaines^ qu'on fût assuré de le détrôner.
Ménécrate et Aménophis, tout impatiens qu'ils étaient de signaler leur courage, ne furent point lâchés de ce petit retardement. Ménécrate devenait tous les jours plus amoureux , et il appréhendait que rembarras de l'entreprise qu'il méditait ne lui ôtât les moyens d'achever de gagner le cœur de la fille de Crisotas , à qui il se faisait déjà un plaisir de pouvoir offrir la moitié de son trône s'il y remontait. Aménophis souhaitait aussi de connaître mieux Cléorise, qu'il aimait déjà si passionnément, et il était bien aise, avant que de se jeter dans le tumulte des armes, de prendre quelques mesures pour empêcher que cette étrangère ne lui fût enlevée.
Cependant le jour de la fête du Soleil arriva , et le grand-prétre , qui espérait que sa magnificence ferait sur le cœur de sa nouvelle maitresse ce que ses soins et ses assiduités n'avaient pu faire encore, voulut rendre cette fête plus éclatante qu'elle n'avait jamais été.
Au milieu de la ville du Soleil est une grande et magnifique place, dont le temple du Soleil fait une des faces ; derrière ce temple est le palais du souverain pontife; les trois autres faces de la place sont ornées d'une colonnade de
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marbre et de jaspe; cette colonnade soutient de longues et de larges terrasses , avec des balustrades de porphyre à hauteur d'appui ; les maisons qui sont derrière cette colonnade sont de marbre, avec de grandes fenêtres, toutes de symétrie, ouvertes sur les terrasses; la place sert aux jeux et aux combats qui se donnent le jour de la fête. Cette fête commence le matin par un auguste sacrifice que le grand-prêtre fait lui-même. On peut croire que le temple du Soleil, où l'on arrive par une place si magnifique , est encore plus superbe et plus orné que la place ; l'or et les pierres précieuses y éclatent de tous côtés; l'autel surtout en est si couvert, qu'il est impossible de le regarder sans en être ébloui. Il est élevé sur six marches de porphyre , sous une espèce de dôme d'or , soutenu de quatre colonnes du plus beau lapis que la nature ait jamais produit. Ce dôme est chargé en dedans et en dehors d'une infinité de diamans qui jettent leurs feux sur l'autel , sur lequel il n'y a qu'un seul brasier d'un feu toujours ardent et brillant, pour représenter le Soleil.
La jeune esclave n'oublia pas la parole qu elle avait donnée à Ânaxaras ; elle le fit placer avec Âménophis vis-à-vis d'une tribune qui regardait sur l'autel. Ils n'eurent pas de peine à croire que ce serait là que Cléorise serait placée. La
tribune était ornée avec tant de soins y et elle était tendue d'un brocard d'or si riche , qu'ils comprirent aisément que c'était le lieu d'où l'amoureux grand-prêtre voulait être regardé par sa nouvelle maîtresse. Ils virent /peu de temps après, des esclaves qui vinrent répandre des eaux de senteur et brûler des parfums dans cette tribune, et ils jugèrent que la véritable divinité du grand-prêtre allait bientôt arriver; mais dans le moment qu'Aménophis , inquiet et troublé par des agitations extraordinaires, tenait ses yeux attachés sur le lieu où il l'attendait, une grille dorée en façon de jalousie tomba, et ferma toute l'ouverture de la tribune. Cette aventure imprévue causa au prince de Libye un saisissement si violent qu'il en pâlit. Il s'appuya sur Anaxaras , et il attacha ses yeux sur cette fatale grille avec tant d'application, qu'on eût cru qu'il perçait à travers, et qu'il voyait tout ce que sa seule imagination lui représentait.
11 s'était paré avec tant de soins , et il avait tâché de relever sa bonne mine naturelle par des habits si riches , que tout le monde le regardait avec admiration , et que le grand-prêtre lui-même, lorsqu'il approcha de l'autel, ne put s'empêcher de jeter plusieurs fois les yeux sur lui. Le souverain pontife était beau, quoiqull
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ne fût plus dans sa première jeunesse; il avait la taille haute et majestueuse; il portait sur sa tête un de ces chapeaux en pointe, dont les rois de Perse se couronnaient; il avait sur ses épaules et autour de sa poitrine une large bande de pourpre brodée d'or, sur laquelle, étaient appliqués les douze signes au zodiaque, taillés chacun d'une seule pierre fine : elles étaient toutes de couleurs différentes. Rien n'était si beau, ni si digne d'être vu, que rhabillement et que le prince qui le portait; mais il ne fut regardé ni d'Aménophis , ni de Cléorise , de qui Améliophis et lui souhaitaient également d'être regardés. Elle s'était assise derrière la jalousie de^ sa tribune, et le hasard avait fait qu'elle avait d'abord jeté les yeux sur le prince de Libye. Il lui parut si bien fait, qu'elle les y arrêta quelque temps sans croire qu'elle eût ni plaisir ni attention à le considérer. Elle s'aperçut , peu de temps après, qu'il ne détournait pas. les yeux de dessus la tribune; elle en rougit comme s'il eût pu voir qu'elle le regardait. Elle voulut tourner les yeux d'un autre côté, et elle les ra-«mena aussitôt sur le même objet. Il lui sembla que c'était par aversion pour le grand-prêtre , qui lui était odieux, et qu'elle ne voulait point regarder. Elle se contenta de cette raison, qu'elle se dit à elle-rmême , et , pendant tout le temps
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que dura le sacrifice , elle ne leva pas les yeux de dessus lui.
Heureux Aménophis^ s'il eût pu s'en apercevoir! Il sortit du temple après que la céré^ monie fut achevée^ et il se plaignit si douloureusement à Ânaxaras de son malheur^ qu'Anaxaras en fut touché y et qu'après l'avoir prié d'aller l'attendre chez Crisotas , il alla conjurer l'esclave de faire en sorte qu'Amënophis pût entrer dans le palais pour y voir la beauté qui lui avait été cachée dans le temple. L'esclave trouva long-temps que ce qu' Anaxaras proposait était impossible : enfin y elle se souvint qu'il y avait sous le temple des souterrains qui communiquaient au palais du grand-prêtre; que la clef de ces souterrains était entre les mains d'un officier du temple^ sur qui elle avait beaucoup de pouvoir^ parce que c'était elle qui avait eu le crédit de lui faire donner son emploi.
Elle dit à Anaxaras que le souverain pontife passerait huit jours dans son palais du temple ^ suivant la coutume; qu'elle verrait si, pendant ce temps-là y il était possible qu'elle procurât à son ami la dangereuse satisfaction qu'il souhaitait, et que le lendemain elle lui en rendrait compte.
Anaxaras rendit presque la vie au prince de Libye, quand il lui porta cette nouvelle.
Les amans se flattent aisément; et^ quoique l'esclave n'eût encore rien promis de positif , Aménophis ne voulut pas douter un moment qu'elle ne fît tout ce qu'il espérait qu'elle ferait : Je puis donc , charmante Cléorise , disaitil dans^les transports de sa joie^ me flatter du plaisir de vous voir! il ne me paraît pas même impossible que je puisse vous apprendre que je vous adore; mais, hélas! reprenait-il aussitôt, je vous trouverai peut-être si prévenue pour un autre , que je ne serai pas plus heureux que le grand-prêtre : il n'importe; que je vous voie et je mourrai sans regret.
Lie lendemain l'esclave instruisit Anaxaras de tout ce qu' Aménophis et lui , dans trois ou quatre jours , auraient à faire pour entrer secrètement dans une des galeries du palais , où Cléorise avait accoutumé de se promener une partie de la nuit. Cette galerie, qui terminait l'appartement où le grand-jM*être avait logé cette étrangère , était ornée de statues qui représentaient d'un côté les héros de la Grèce , et de l'autre les grands princes qui avaient gouverné les Perses depuis Cyrus.
Les statues étaient si artistement incrustées de marbre de différentes couleurs , et revêtues de lames d'or , d'argent et d'acier , pour représenter des cuirasses, qu'on eût dit que
Syô HISTOIRE
c'était de véritables hommes vivans et armés.
Il manquait d'un côté la statue de Dioméde, et de l'autre celle du grand Ârtaxercés y que les ouvriers achevaient^ et dont les places étaient préparées ; l'ingénieuse esclave, devenue hardie par l'envie de plaire à Ànaxaras, imagina qu*Aménophis et lui pourraient se couvrir , l'un d'armes grecques et l'autre d'armes persiques , et qu'ils se placeraient dans les deux endroits destinés aux statues qui manquaient ; qu'elle amènerait auprès d'eux Tétrangère qu'ils voulaient voir, et avec qui elle avait accoutumé de venir toutes les nuits se promener dans cette galerie. Elle était assurée de les faire entrer par le souterrain , et, aprés avoir donné à Anaxaras toutes les instructions qu'elle crut nécessaires , elle le pria seulement de lui répondre de la discrétion et de la sagesse de son ami , comme elle se répondait de celle d'Ânaxaras.
Il faut avoir aimé , et il faut s'être trouvé dans des inquiétudes et dans des impatiences semblables à celles du prince de Libye , pour pouvoir dépeindre et pour concevoir la joi^ qu'il eut lorsqu' Anaxaras vint lui apprendre tout ce que l'esclave lui avait dit. Il ne trouva rien de difficile dans l'entreprise. Il employa deux ou trois Libyiens à faire faire en leur pré-
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sence des armes sur le modèle qu'Anaxaras avait donné : ces Libyens firent aux ouvriers des présens si considérables , et ils s'attachèrent si assidûment à les voir travailler , qu'en deux jours Aménophis eut tout ce qui lui était nécessaire pour son dessein.
Il ne passa pas ces deux jours sans impatience et sans inquiétude; mais, comme Fespérance, quand elle entre dans l'esprit d'un amant , y fait presque autant d'impression que la félicité même , Aménophis , qui se croyait assuré qu'il verrait bientôt Gléorise , avait une joie douce qui lui avait rendu tous les charmes de la conversation.
Il y avait plusieurs jours que Ménécrate s'était aperçu du changement d'humeur du prince de Libye , et qu'il cherchait l'occasion de lui en demander la cause. Aménophis ne lui donna pas la peine d'attendre long-temps cette occasion ; il vint le trouver, et lui parla de tant de choses différentes^ et avec une ouverture de cœur et d'esprit si parfaite , que Ménécrate crut qu'il pouvait lui demander ce qui l'avait obligé de paraître si rêveur depuis quelque temps.
Aménophis rougit. Je vous avoue , dit-il à Ménécrate , que la honte d'être si long-temps inutile à vos intérêts m'avait jeté dans une espèce de tristesse et d'abattement dont je ne voulais
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point cependant que vous vous aperçussiez.
Mais je viens d'entretenir Grisotas, et tout ce qu'il m'a dit de la disposition où sont les esprits des grands et du peuple , me donne une satisfaction que je ne puis vous exprimer. Us attendent avec impatience le moment de se déclarer pour vous , et j'ai fait convenir Grisotas qu'il u'est plus permis de différer , et qu'il faut , avant la fin des fêtes du Soleil , accabler le tyran ou être accablé par lui. Songez , prince , continua-t-il , qu'en remontant sur un trône qui est si légitimement dû à vos vertus et à votre naissance , vous serez en état de rendre fibres tant d'innocentes beautés que votre ennemi tient captives. Songez vous-même , prince, lui répondit Ménécrate, que si je règne ce sera par vous , et que ce sera vous qui disposerez de tout ce que la fortune mettra en mon pouvoir. Puis-je vous demander , continua Ménécrate , si vous êtes mieux informé que moi de tout ce qui se passe au dedans de ces murs où Philocoris jouit tranquillement de ses crimes ? J'ignore s'il y a quelque beauté qui soit digne de votre attention : on m'a parlé d'une étrangère qu'on appelle Cléorise ; on dit que c'est une des plus surprenantes beautés qu'on ait jamais vues , et dont le grand-prêtre est fort amoureux : vous serait -elle connue? Aménophis se
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trouva embarrassé à cette question ; il ne voulait pas avouer qu'il était amoureux : il craignait de se trahir en parlant de Cléorise , et cependant il en voulait parler ; et , quoique Menécrate l'assurât qu'il n'en savait rien de plus particulier que ce qu'il avait déjà dit , il ne laissa pas de lui faire encore plusieurs questions ; et il les fit avec tant de trouble et d'àgitation, que Ménécrate ne douta plus qu'il n'en fût amoureux , sans pouvoir comprendre comment il avait pu le devenir : mais , ne voulant pas augmenter l'embarras où il voyait déjà son ami f en lui faisant apercevoir qu'il commençait à pénétrer les secrets de son cœur , pour détourner la conversation , il parla de sa passion pour Célidonie, et du bonheur dont il se flattait de ne lui être pas entièrement indiflFérent ; et , regardant Aménophis ; Plût aux dieux , lui ditil , que vous fussiez amoureux aussi-bien que moi ! et que le même jour qui me mettra en état de couronner Gélidonie pût vous rendre possesseur de quelque autre personne aussi tendrement aimée de vous que Gélidonie l'est de moi ! Mon cher Ménécrate , dit Aménophis en l'embrassant , je vois que vous lisez trop dans mon cœur. Contentez-vous de savoir que je suis amoureux , et que , si mon bonheur ne dépend pas entièrement de vous , vous pourrez du
moins y contribuer beaucoup , si le ciel favorise la justice de notre entreprise.
Ces deux princes , depuis cette conversation , ne se quittèrent presque plus ^ et Aménophis ne fit plus un mystère à son ami de l'aventure qui l'avait rendu amoureux de Cléorîse. Cependant le prince de Libye j qui ne doutait pas qu'en entrant dans le palais du grand - prêtre de la manière dont il devait y être introduit y il n'y eût quelque danger à courir , ne voulut pas en faire confidence à Ménëcrate^ de peur qu'il n*eût envie de partager le péril avec lui.
Enfin arriva cette nuit où la jeune esclave avait promis de le faire entrer avec Anaxaras dans la galerie : les armes furent portées chez cet officier du temple, nommé Créon , que l'esclave avait disposé à faire tout ce qu'on souhaitait. Elle lui avait même dit que le déguisement des deux hommes qu'elle introduirait par le souterrain, dans l'appartement de Cléorise, se faisait par l'ordre du grand-prêtre. Ainsi le ministre du temple ne fut point étonné lorsqu'Aménophis et Anaxaras vinrent chez lui, et qu'ils se travestirent l'un en Dioméde et l'autre en Artaxercès* Il admira la bonne mine du prince de Libye , qui choisit le personnage de Dioméde ; et, comme il lui sembla qu' Anaxaras, qui s'habillait en Artaxercès, témoignait quelque défé-
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rence pour. Aménophis , ce fut à Anaxaras qu il s'adressa pour lui demander si , dans le divertissement qu'il s'imaginait que le grand-prêtre voulait donner , ils seraient les seuls acteurs.
Jamais Anaxaras nefut si surpris et si charmé^ qu'il le fut à cette question : la fortune , qui , lorsqu'elle veut se mêler des affaires humaines , contribue à leur succès plus que la prudence la plus éclairée , offrait à Anaxaras ce qu'il n'eût jamais osé espérer. Il avait fait venir autour du palais^ à l'insu d' Aménophis, un grand nombre de Libyens, à qui il avait dit d'avoir des armes cachées, et de se tenir prêts à forcer quelque porte du palais, au premier bruit qu'ils entendraient. Il ne savait de quel avantage lui pourrait être cette précaution , ni quels secours il pourrait tirer de ces Libyens , si Aménophis et lui étaient découverts , et si le grand-prêtre les faisait arrêter; il jugeait même sans peine , que, s'ils étaient surpris , il pourrait ks faire punir sur-le-champ de leur témérité , sans qu'il se fît dans le palais aucun mouvement , ni aucun bruit qui servît de signal aux Libyens : cependant , comme il pouvait arriver telle occasion où le secours de ces Libyens ne leur serait pas inutile , il avait jugé à propos de les faire venir.
La question que lui fit l'officier du temple lui inspira une vue très - avantageuse , dont il se
servit en homme d^esprit ; il répondit à Créoii qu'Amënophis n'avait pas le secret de la fête ; que lui seul en était chargé ; il dit aussi à Créon qu'il y avait à sa porte deux ou trois hommes qu'il fallait qu'il fit entrer ^ sans qu'Amënophis ^en aperçût. Gréon sortit avec Anaxaras y qui fit signe à deux des trois Libyens d'approcher. Il leur parla en présence de Créon; et y sans que Créon comprit le véritable sens de ce qu'il leur disait y il leur fit entendre ce qu'ils avaient à faire.
A peine Anaxaras était revenu joindre AméuophiSy que la jeune esclave vint les trouver, et qu'elle leur dit de la suivre. Elle les conduisit par une longue voûte y ou ils n'étaient éclairés que d'un flambeau qu'elle portait y et les mena •à un petit escalier dérobé, qui était à un coin de la galerie où elle les fit ^entrer. Voilà, leur dit-elle , en leur montrant les deux places des statues, celles qu'il faut que vous occupiez. J'espère que , comme la nuit est fort avancée , et qu'il y a déjà du temps que le grand-prétre s'est retiré, vous ne passerez pas encore une heurt sans voir arriver Cléorise, que je vais même presser de venir ici , comme elle a accoutumé de faire toutes les nuits. L'esclave s'approcha d' Anaxaras : Vous voyez, lui dit-elle , à quoi je m'expose pour vous. Elle ne lui donna pas l€
rr-
d'aHënophis. 385
temps de répondre , se hâtant d'aller le long des deux côtés de la galerie , allumer des lampes magnifiques» qui répandirent une lumière aussi brillante que le jour.
Le prince de Libye et Anaxaras , en occupant chacun la place d'une statue ^ et en se regar*dant , sans oser se parler^ n'étaient pas Fun et l'autre sans inquiétude, quoique bien différente. Aménophis, dans l'impatience de voir Gléorise^ n'était agité que de son amour , et Anaxaras tremblait du péril où un amour indiscret exposait ce prince , dont la vie lui était plus chère que la sienne.
U y avait déjà quelque temps qu'ils étaient livrés à leurs réflexions , lorsque Gléorise^ appuyée sur la jeune esclave , entra dans la galerie. Elle était dans un déshabillé magnifique , jaune et argent, qui, en marquant sa taille, en laissait voir toute la beauté, aussi-^bien que celle de sa gorge et de ses bras. Ses cheveux, du plus beau noir du monde , étaient relevés négligemment , et attachés sur le haut de sa tête, par un tissu jaune et argent. La perfection de ses traits était accompagnée de toutes les grâces de l'enfance et des charmes de la plus brillante jeunesse. L'esclave , lui aidant à marcher, la conduisit d'abord du côté où était Anaxaras.
Cléorîse ne s'aperçut pas qu'il y avait une sta-
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tae de plus qu'à rordinaire; elle passa saBS attention ^ et s'assit sur un lit de repos qui était au bout de la galerie. Elle soupira y et regardant tristement lesclave, qui était debout à coté d'elle : Ma chère Péri tée , lui dit-elle, vous êtes la seule personne , dans ces horribles lieux, pour qui je n'ai point senti d aversion; il me semble que vous êtes digne d'une fortune plus henreuse que celle que vous avez ici , et d'un séjour où iL y aurait plus d'innocence. Ne pourrionsnous point, vous et moi , sortir de notre captivité? Madame, lui dit Péri tée, je suis née dans le palais du grand-prêtre; je ne connais nul antre bonheur qi:w celui d'y vivre honorée des bontés du souverain. Plût au ciel que vous poissiez n'être pas insensible aux sentimens qu'il a pour vous! vous vous feriez im destin dont les plus grandes princesses seraient jalouses. Je sais, poursuivit-elle, que vos charmes ont fait une si vive impression sur le cœur du grandprêtre, que je ne doute pas qu'il ne renonce à toutes les volages amours qui l'ont occupé jusqu'ici , et que vos vertus ne l'engagent à s'attacher à vous par des nœuds légitimes. Vous savez qu'il est en même temps roi et grandprêtre : Ah! madame, pourquoi ne voulez-vous pas êti^e reine de File du Soleil? Que plutôt, s'écria Cléorise , ce divin Soleil , adoré de
tant de peuples , se retire à jamais de dessus nous!
Aménopbis entendait toute cette conversation. Il n'avait pu s'empêcher de tourner la tête toute entière du côté de Cléorise^ et il avait fait trembler Anaxaras et Péritée. Cléorise, tout occupée de ses ennuis , n'avait pas aperçu le mouvement de tête d'Aménophis ; mais , comme elle tourna/ im peu après, les yeux de son côté, et qu'en même temps , l'idée de l'inconnu qu'elle avait considéré avec tant d'attention dans le temple, se présenta à elle, elle cessa de parler à Péritée. Elle regarda cette nouvelle statue de Diomède, et, se tournant du côté de l'esclave, en la lui montrant : Depuis quand, lui dit-elle , cette place, qui était vide, a-t-elle été remplie. La jeune esclave, un peu interdite, lui répondit que la statue n'avait été placée que le jour même. Cléorise, par un mouvement dont elle ne fut pas la maîtresse , s'approcha pour la coi^sidérer de plus près. L'amour même aurait de la peine à décrire ce qui se passait alors dans le cœur d'Aménophis. Il fut si troublé, en voyant Cléorise si près de lui, que, ne pouvant soutenir le feu de ses regards, il.se jeta à ses genoux; et, par ce transport, il lui causa une frayeur qui lui fit faire de grands cris.
. O dieux! dit-elle tout éperdue, et voulant
8'éloigner ; où suis-je ! et que vois-je I Vous voyez, lui dit Aménophis y i*homme du monde le plm amoureux. Cléorise, alarmée du déguisement et du discours d'un inconnu , au milieu de la nuit, dans un palais ou tout lui était suspect, arracha avec violence sa robe que tenait Aménophis, et, sans balancer ni l'écouter davantage, elle courut pour gagner son appartement, d'où plusieurs esclaves, attirées par ses cris, entraient déjà dans la galerie. Elles ne furent pat moins effrayées que Cléorise de voir Aménophis , qu'elles prenaient pour une statue, s'animer et marcher; elles remplirent le palais d'alarmes ; le bruit en vint jusqu'au grand-prétre. Il ëiait alors dans un entretien qui lui donnait beaucoup d'inquiétude : un de ses favoris lui aj^^renait qu'il se tramait une conspiration contre lui; qu'on disait qu'il y avait dans l'ile un fils du fen roi; que les peuples, amoureux de la nouveau* té , paraissaient charmés de cette Cible ^ et que » depuis le jour de la fête du Soleil, il s'était fidi jdusienrs assemblées secnèteschez les plus considérables de rUe.
Le grand-prétre fut interrompit dans cette conversation par les cris qui venaient du côté de l'appartement de Cléoriae. Il craignit que ce ne fut le commencement de la trahison dont on venait de lui parler. Il y courut, suivi de ce qu'il
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put ramasser de ses gardes ) il trouva Cléorise dans sa chambre ^ où elle n était pas encore remise de son premier trouble : son silence et les restes de frayeur qui paraissaient dans ses yeux, augmentèrent celle que le grand*prêtre avait déjà. Les esclaves voulurent lui apprendre la cause de ce trouble, et elles ne firent que l'embarrasser et que l'étonner davantage , en lui racontant que l'une des statues de la galerie s'était animée. Il voulut entrer dans cette galerie, et, comme il traversait un grand salon qui y conduisait, il trouva Âménophis. La surprise fut égale entre eux. Âménc^his reconnut le grand-prêtre; et le grand-prêtre, qui n'avait pas ajouté foi aux discours des esclaves , ne laissa pas d'être alarmé de voir un inconnu, au milieu delà nuit, dans l'appartement de Cléorise, couvert de tous les ornemens qui l'avaient fait prendre pour une statue. Il se tourna du côté de ses gardes ; il leur ordonnait de se saisir d'Aménophis, lorsque ce prince, à la vue du grand-|)rêtre, se sentit enflammer de tous les mouvemens d'indigna^tion, de haine et de colère que peuvent inspirer l'amour contre un rival , et l'amitié contre l'usurpateur du trône d'un ami; et, sans considérer qu'il était seul , il lança la javeline qu'il avait à la main gauche : peu s'en fallut que le grandprêtre ne fût blessé. Aménophis, tirant en
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même temps son sabre ^ s'élança' au milieu des gardes qui s'avançaient pour le saisir et pour couvrir le grand-prêtre.
A voir les coups' terribles qu'Âménophis portait, et à entepdre le bruit des armes qui retentissait dans tout le palais, on eût cru que c'était Dioméde lui-même qui combattait encore une fois contre le dieu Mars. Déjà le sang des soldats qu'il avait abattus coulait à grands flots, et le grand-prêtre effrayé s'était retiré pour faire venir un nouveau renfort contre un seul homme. Il espérait qu'il allait bientôt s'en rendre maître, et que ce redoutable guerrier, contre qui tous les coups qu'on portait semblaient inutiles , serait bientôt accablé par sa propre lassitude, et par le nombre des ennemis qui Tavaient environné de tous côtés.
Cependant, Anaxaras qui avait vu qu'Aménophis, au lieu de songer à se retirer, suivait Cléorise , et qui ne douta pas que cette hardiesse ne le précipitât dans le plus grand des périls, était allé en diligence à la maison de cet officier du temple qui les avait introduits. U appela les Libyens qu'il avait fait croire qui devaient entrer dans la fête qui se donnait; il leur ordonna de se saisir de la maison de Créon et des gens qui y étaient : ce ne fut pas une chose difficile à exécuter pour eux.
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Anaxaras laissant seulement trois ou quatre hommes pour demeurer maîtres du passage , fit entrer tous les autres Libyens qui étaient répandus au dehors; et, leur ayant dit le danger où il croyait qu'était leur prince , il les condui* sk jusque dans le salon* Aménophis, entpuréde corps morts , ne pouvait presque plus soutenir ses armes , et il allait tomber entre les mains de son ennemi, sans le secours imprévu qu'Apaxay ras amena.
Ce secours n'était pas proportionné au nom-r bre prodigieux de soldats du grand-prêtre, qui se pressaient tous autour d'Aménophis; mais leur frayeur fut si grande , à lar vue de cette troupe d'étrangers qui venaient fondre sur eux, dans un lieu où ils ne croyaiept pas qu'il fût posr ^ible de trouver aucun accès, que, s'imaginant dans cette aventure quelque chose de surnatu*^ i:el, ils prirent la fuite, et la plupart se préci-r pitèrent par les fenêtres.
Au bruit de tout ce qui se passait dans le palais, les amis de Cri^otas «'assemblèrent, j^énécrate lui*même , à qui un Libyen courut donner avis du péril où était -^ménophis , vint avec. Crisotas, non-seulement pour secourir son ami,^ mais pour profiter du tumulte déjà commencé, et pour faire déclarer le peuple pendant que les trou-» pes du grand-prêtre étaient occupées ay 4edaxi3^
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Ménécrate, moins ardent pour regagner son trône que pour secourir Amënophis^ laissa Crisotas agir dans la yille; et, malgré les conseils et les prières de ce sage et fidèle sujet , il se jeta avec un nouveau renfort de Libyens dans )e même souterrain par où les autres avaient déjà pénétré. Le grand^prètre, malgré ce dés^ ordre affreux, n'avait pas laissé d'être occupé de son amour et d'y donner ses premières pensées. Il était retourné dans la chambre de Cléo«> rîse , et , se croyant déjà maître du téméraire mortel qui avait pu surmonter tant de barrières et d'obstacles pour entrer jusque dans les lieux les plus secrets du palais , en rassurant la belle Cléorise , il tâchait de s'éclaircir si elle n'avait point quelque part à la témérité de l'inconnu ; mais le nouveau tumulte qui s*excita à l'arrivée de Méuécrate interrompit bientôt cette jalouse curiosité. Les cris que poussaient au dehors les gens de Crisotas avaient rassemblé une grande partie du peuple. Le bruit répandu parmi ce peuple que le fils de leur véritable roi était vivant, qu'il attaquait les portes du palais pour en chasser l'usurpateur et pour remonter sur le trône, fkisait grossir à tout moment la foule des ennemis du grand -prêtre, et il ftK oblige lui-même de prendre les armes, après avoir çQQduit Cléorise dans tin autre appartement
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fdus éloigné du lieu où le premier combat s'était dcmné.
Anaxaras et Ménécrate, que l'amour ne trouiblait pas comme Aménophis^ entendirent le bruit qui se faisait au dehors , et ils ne doutèrent pas que Crisotas et leurs amis ne fussent aux mains avec les troupes du grand-prêtre. Ils rassemblé* rent autour d'eux les Libyens qui les suivaient, et ils obligèrent Aménophis^ qui voulait chercher Çléorise^ à venir plutôt avec eux pour tâcher de se rendre maîtres du palais ^ et de s'assurer ainsi non-seulement de Çléorise , mais de toutes les personnes qui y étaient. Ce ne tut pas sans donner plusieurs combats qu'ils trouvèrent moyen de descendre dans les cours de ce pa-« lais. Les gardes du grand -prêtre, épars de tous côtés X et s'animant les uns les autres à défendre leur souverain, disputaient aux Li-!byens tous les passages et toutes les avenues par où on pouvait y pénétrer; mais, comme à chaque moment le trouble et l'épouvante augmentaiept , enfin, Aménophis^ Ménécrate, Anaxaraa et les Libyens arrivèrent à la porte qu'attaquait Crisotas avec ses amis et la plus grande partie du peuple, qui s^'était jointe à lui. Les princes et les braves guerriers qui le^ secondaient, chargèrent avec tant d'impétuo^ sjté ceux qui , au dedans du palais , défendaient
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cette porte y que, malgré le grand-prétre qoi y combattait en personne, ils ne purent soute^ nir le nouvel effort qu'on faisait contre eux. Ils crurent que le palais avait été forcé de tous côtés; et, laissant la porte dont ils avaient longtemps défendu l'entrée, ils reculèrent pour sauver le grand -prêtre, ou du moins pour vendre chèrement leur viej mais aussitôt ils virent cet infortuné tyran , que le désespoir obligeait à se précipiter au milieu des armes de ses ennemis^ tomber mort d'un coup de sabre de la main d'Aménophis.
Ceux qui, un moment auparavant, ne res* piraient que la fureur et la vengeance , au péril même de leur vie, ne voulurent plus la disputer ^ ils impkNrèrent la miséricorde des vainqueurs»
Crisotas , qui entra en même temps avec sai troupe, et qui vit Ménécrate victorieux, s'avança pour le montrer au peuple, et pour le prier de pardonner à ceux qui se rendaient à lui. Généreux Crisotas, lui dit Ménécrate, c'est à votre fidélité et à la valeur d'Aménophis que je dois le succès inespéré de ce grand jour ; me préservent les dieux de le souiller par une bar* bare sévérité ! Je pardonne à tous mes sujets leur aveuglement passé. Le peuple accourait de toutes parts pour se jeter aux pieds de son nouveau roi, et de toutes parts les troupes de l'ii-
surpateur mettaieiit bas les armes et tachaient <le mériter leur grâce par leur prompt retour <lans l'obéissance.
Le jour commençait à paraître ; Ménécrate avait ordonné qu'on enlevât le corps du grandprêtre, et que, tout indigne que ses crimes l'avaient rendu des honneurs de la sépulture , on ne laissât pas de lui en donner une telle que son ancienne dignité le méritait. Ce grand exemple de modération et de clémence acheva de gagner tous les cœurs. Aménopbis, après avoir embrassé son ami, voulut le quitter pour retourner dans les appartemens où il croyait qu'il trouverait Cléorise. Anaxaras s'aperçut que le sang coulait sur ses armes , et il connut que ce prince était blessé. Il le pria de trouver bon qu'on le désarmât; mais Aménophis que son amour soutenait : Non , Anaxaras , dit-il, il n'est pas encore temps de songer à moi; songeons à chercher Cléorise à qui nous avons donné une si violente frayeur. Et en même temps , il tourna ses pas vers un grand escalier qui s'avançait au milieu du principal corps de logis du palais. Il montait avec précipitation , tout affaibli qu'il était et par ses blessures et par la perte de son sang. Anaxaras , qui voulait lui aider à se soutenir, avait peine à marcher aussi vite que lui. Ils entrèrent dan§ l'apparte-
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ment cle Cléorise ^ ils traversèrent tou» les au* très appartemens , ils revinrent dans la galerie , ils ne virent partout que du sang, des niorts, des esclaves fugitives et tremblantes. Us ne purent même rencontrer Péritée ; ils s'informèrent où elle pourrait être, et ce qu'était devenue Cléorise : personne ne put leur en apprendre des nouvelles. Us retournèrent plusieurs fois aux mêmes endroits qu'ils avaient déjà visites, et commençant aloi'S à désespérer de trouver et qu'ils cherchaient, Âménophis se sentit afliiblir; les forces lui manquèrent, et il s'appuyait déjà à demi évanoui sur Anaxaras , lorsque Ménécrate, suivi de Crisotas, arriva. Sa douleur fol extrême à la vue d' Aménophis qu'il crut moorant : dieux ! s'écria-t-îl , de quoi me servira la couronne que vous me rendez, si vous me la faites acheter au prix de la vie d'un prinee pour qui je voudrais sacrifier la mienne !
Anaxaras, quoique troublé de l'état où il voyait Aménophis, ne laissa pas de dire à Ménécrate qu'il croyait qu'au lieu de plaindre ce prince, il fallait songer à le secourir. On le désarma; on visita ses blessures : quoiqu'elles fussent grandes, elles ne parurent pas mortelles; en même temps, il poussa de longs soupirs qui firent connaître qu'il vivait. Ménécrate le fit mettre dans un lit magnifique , et qui se
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Déjà on commençait à voir rétablir un peu de calme dans le palais ; les femmes qui avaient été au nombre des favorites du grand-prêtre s'étaient toutes rassemblées dans une grande salle, où elles attendaient la destinée qu'il plairait au vainqueur de leur donner. Ménécrate voulut qu'on les mît en liberté ; et il ne retint dans le palais que celles qui étaient esclaves , et qu'il desjtinait au service de la nouvelle reine qu'il allait bientôt donner à Tile du Soleil. Déjà tout ce petit peuf^e de ministres et d'officierâ du temple ou du grand-prêtre commençait à se rassurer et à rentrer chacun dans leur emploi j déjà Anaxaras avait parcouru tous les endroits les plus écartés du palais, pour chercher C\éo^ riseou Péritéej déjà, après s^en être informé a miOe personnes différentes, il commençait à désespérer d'en apprendre des nouvelles, lorsque Péritée elle-même, umCe en pleurs, et ren* trant dans le palais par une Êiusse porte qui donnait sur le rivage de la mer, vint se présent ter à lui. Ah ! tous vivez, Im dil-elle, ety au inoins, dans cet ajffireux dësoidre , les diei» v^ tmt conservé, et je ne craindrai |dus pour ma irie, qœ je ran^s entre vos mains. Anasarsus, loi praneitanf noii-9«nlenenl loirte la iprMeeii(m '^flk pensvait déarer , math hà Êosant nvéïiMe «Bvisaigisr psKr elle WÊt h0îmK: eiMisidéfaiMe
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dans le grand changement qui venait d'arriver, lui demanda où était Cléorise, et il l'assura que Cléorise allait être plus considérée dans l'ile du Soleil qu'elle ne l'avait jamais été. Péritée lui répondit qu'elle avait beaucoup de choses à lui dire au sujet de Cléorise , mais que le lieu où elle était ne lui permettait pas de commencer une conversation qui demandait beaucoup de temps, et plus encore de secret.
En eflFet, Péritée vit arriver Ménécrate environné de toute la foule et de toute la pompe qui le faisait connaître pour le roi. Anaxaras s'^^ proeha de lui, et il le pria de donner quelque marque de bonté à Péritée, et de la faire conduire à l'appartement d'Aménophis. U en expli* qua tout bas les raisons au roi , qui, a[N*é8 avoir rassuré la jeune esclave , que sa présence £dsait trembler, lui dit d'aller l'attendre dans un des cabinets de l'af^rtement d'Âménc^his, où il pria Crisotas de vouloir bien la conduire luimême ; et, ayant encore quelques ordres à donner , il dit à Ânaxaras de demeurer auprès de lui, jusqu'à ce qu'ils pussent retourner ensemble auprès du prince de Libye. L'espérance qu'cm avait donnée à ce prince, et sa laiUesse causée par la perte de son sang, ayant suspendu pendant quelque temps la violence de ses agitations , il commençait à s'éveiller, après un sommeil assez
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tranquille^ qui avait fait beaucoup de bien à ses blessures, lorsqu'il entendît un peu de bruit dans le cabinet où Crisotas avait conduit Péritée. Aménophis, l'esprit rempli de Cléorise, s'imagina que peut-être on venait lui en apprendre des nouvelles ; il ordonna à un dés Libyens qui étaient auprès de lui , d'aller savoir ce qui se faisait dans ce cabinet; et Crisotas, apprenant que ce prince était éveillé, vint lui-même pour lui rendre compte de ce qu'il voulait savoir. Il lui dit que Ménécrate avait trouvé Anaxaras avec une jeune personne qu'il avait voulu qu'on amenât dans cet appartement.
Aménophis sentit une grande émotion, et pria Crisotas de la faire entrer : il reconnut Péritée aussitôt qu'il la vit; il lui demanda avec empressement des nouvelles de Cléorise. Péritée, qui commençait à connaître qu'il fallait qu^Aménbphis fut d'un rang et d'une naissance plus illustres qu'elle ne se l'élait imaginé , lorsque , à la prière d'Anaxaras, elle lui avait procuré les moyens d'entrer dans le palais , s'approcha de lui avec respect. Seigneur, lui dit-elle, quoique j'ignore encore qui vous êtes, je crois qu'avant de vous rien dire je devrais vous demander pardon de vous avoir méconnu si long-temps , et de ne vous avoir pas rendu tous les respects que je devais; mais si vous voulez que, par mon