À cette heure
LA POLITIQUE DE MONTAIGNE. 291 singulière qu'ell’aie deigné me faire sentir qu’elle pranderoït a gré de me voir, personne si inutille mais siene plus par affection encore que par devoir. Ella très louablement rangé ses formes externes à la hautur de sa nouvelle fortune, mais la debonaireté et facilité de ses humeurs internes elle faict autant louablement de ne les changer. Il luy a pleu avoir respet non sulement a mon eage mais a mon desir aussi de m'appeler en lieu ou elle fut un peu en repos de ses laborieuses agitations. Sera ce pas bientost a Paris, Sire, et y ara il moiens ni santé que je n’estande pour m'y randre.
Votre tres hüble et tres obeissät serviteur et subjet.
Môtaigne.
de Montaigne, le 18 de janvier 1500.
Sire,
Celle qu'il a pleu a vostre majesté mescrire du vintiesme de juillet ne m'a esté rendue que ce matin et ma trouvé engagé en une fiebure tierce très violente, populaire en ce pais despuis le mois passé. Sire, je prends a tres grand honneur de recevoir vos commandemens et nay poinct failly descrire a Monsieur le Mareschal de Matignon trois fois bien expressement la deliberation et obligation enquoy jestoy de laler trouver, et jusques a luy merquer la route que je prendrois pour laler joindre en seureté s’il le trouvoit bon. À quoy n'ayant eu aucune response, j'estime qu’il a considéré pour moy la longueur et le hasard des chemins. Sire, vostre majesté me fera s’il luy plaist ceste grace de croyre que je ne plaindroy pas ma bource aux occasions auxquelles je ne voudrois espargner ma vie. Je nay jamais receu bien quelconque de la liberalité des roys non plus que demandé ny mérité, et nay receu nul