‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 99 sur 297 · Collection Dupuy, t. 6r et · texte numérisé non relu

Collection Dupuy, t. 6r et

Sire,

C’est estre audessus du pois et de la foule de vos grans et importans affaires que de vous sçavoir prester et desmettre aus petits a leur tour suivant le devoir de vostre authorité royalle qui vous expose a toute heure a toute sorte de degré d’homes et d’occupations, toutesfoys que vostre majesté a deigné considérer mes lettres et y comander responce j’eime mieux le devoir a la benignité qu’a la vigur de son ame. Jay de tout temps regardé en vous cette mesme fortune ou vous estes et vous peut souvenir que lors mesme qu’il m’en faloit confesser a mon curé je ne laissois de voir aucunement de bon euil vos succez. À presant aveq plus de raison et de liberté je les embrasse de pleine affection. Ils vous servent là par effaict mais ils ne nous servent pas moins icy par réputation. Le retentissement porte autant que le coup. Nous ne saurions de la justice de vostre cause des argumans si fors a meintenir ou reduire vos subjetz comme nous fesons des nouvelles de la prospérité de vos entreprises et puis assurer vostre majesté que les changemans nouveaus qu’elle voit pardeça a son advantage son heureuse issue de Diepe y a bien a point secondé le franc zelle et merveilleuse prudance de Monsieur le Mareschal de Matignon duquel je me fais accroire que vous ne recevés pas journellement tant de bons et seignalez services sans vous souvenir de mes assurances et espérances. J’atans de ce prochein esté non tant les fruits a me nourrir come ceus de nostre commune tranquilité et qu’il passera sur vos affaires aveq mesme tenur de bon heur faisant évanouir come les precedantes tant de grandes promesses de quoi vos adverseres nourrissent la volonté de leurs homes. Les inclinations des peuples se mainent a ondées, si la pente est une fois prinse a vostre faveur

elle l’emportera de son propre branle jusques au bout: J'eusse bien désiré que le guein particulier des soldats de vostre armée et le besouin de les contanter ne vous eut desrobé nomeement en cette ville principale de la belle recommandation d’avoir treté vos subjetz mutins en pleine victoire aveq plus de solagement que ne font leurs protecteurs et qu’à la différance d’un crédit passagier et usurpé vous eussiés montré qu'ils estoient vostres par une protection paternelle et vraiement royalle. A conduire tels affaires que ceux vous arvés en main il se faut servir de voies non communes. Si s’est il tousiours veu que les conquestes par leur grandeur et difficulté ne se pouvoint bonemant parfaire, par armes et par forces, elles ont esté parfaictes, par clémence et magnificence, excellans leurres a attirer les homes, spécialement vers le juste et légitime parti. S'il y eschoït rigur et chastiement il doit estre remis apres la possession de la maistrise. Un grand conquerur du temps passé se vante d’avoir doné autant d’occasion a ses ennemis subjuguez de l’éimer qu'a ses amis. Et icy nous sentons desia quelqu’effaict de bon prognostique de l'impression que recoivent vos villes des voies par la comparaison de leur rude tretement a celluy des villes qui sont sous votre obeïssance. Desirant a vostre majesté une félicité plus presante et moins hasardeuse et qu’elle soit plustost chérie que creinte de ses peuples et tenant son bien necessairement attaché au leur je me réjouis que ce mesme avancement qu’elle faict vers la victoire l’avance aussi vers des conditions de paix plus faciles. Sire vostre lettre du dernier de novambre m'est venue à moi qu'asturei et audela du terme qu’il vous plaisoit me prescrire de votre séjour à Tours. Je reçois a grace

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