‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 112 sur 297 · LIVRE I, CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. I

captif. L'autre, d’une mine non seulement asséuree, mais rogue et altiere, se tint sans mot dire à ces menaces. Lors Alexandre, voyant {son fier et obstiné silence] : A-il flechy un genouil ? luy est-il eschappé quelque voix suppliante? Vrayment je vainqueray [ta taciturnité] : et si je n’en puis arracher parole, j'en arracheray au moins du gemissement.

Et tournant sa cholere en rage, commanda qu’on luy perçast les talons : et le fit ainsi trainer tout vif, deschirer et desmembrer au cul d’une charrete'. Seroit-ce, que la [hardiesse] luy fut sicommune, que pour ne l’admirer point, il [la] respectast moins? [Ou qu'il l’estimat si proprement siene qu’en cette hautur il ne peut souffrir de la voir en un autre sans le despit d’une passion envieuse, ou que l’impetuosite naturelle de sa cholere fut incapable d'opposition. De vrai si ell eut receu la bride, il est a croire qu’en la prinse et desolation de la ville de Thebes* elle l’eut receue, a voir cruellement mettre au fil de

Ligne ) b : voyant l’obstination à se taire : a ïl — 4 b, 1505 : vainqueray ce silence, et si — 10)b: nue et qu'on y traversast une corde : et le fit — 13) b: la force de courage luy fut si naturelle et commune — 14) b : point, il lestimast et respectast

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