‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 117 sur 297 · LIVRE I, CHAP. Il · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. Il

[En la guerre que le Roy Ferdinand fit contre la veufve de Jan Roy de Hongrie autour de Bude, Raïsciac, capiteine Alemand, voiïant raporter le corps d’un home de cheval, a qui chacun avoit veu excessivement bien faire en la meslee, le pleignoit d’unepleinte commune; mais curieus aveq les autres de reconoistre qui il estoit, apres qu’on l’eut desarme, trouva que c’estoit son filx. Et parmi les larmes publicques luy sul se tint sans espandre ny vois ny pleurs, debout sur ses pieds, ses yeus immobiles, le regardant fixement, jusques a ce que leffort de la tristesse venant a glacer ses

Ligne 1) 15095 : En la guerre que le Roy Ferdinand mena contre la veufve du Roy Jean de Hongrie, autour de Bude, un gendarme fut particulierement remerqué de chacun, pour avoir excessivement bien faict de sa personne, en certaine meslee : el incognu, hautement loué, el plaint y estant demeuré : mais de nul tant que de Raïsciac seigneur Allemand, esprins d’une si rare vertu : le corps estant rapporté, cetui-cy d'une commune curiosité, S’approcha pour voir qui c'esloit : et les armes ostees au trespassé, il reconnut son fils. Cela augmenta la compassion aux assistants : luy seul, sans rien dire, sans siller les yeux, se tint debout, contemplant fixement le corps de son fils : jusques à ce que la vehemence de la tristesse, aiant accablé ses esprits vitaux, le porta roide mort par terre. -

(Contrairement à Droz, à Eloi Johanneau, à Amaury Duval et à Victor Le Clerc, nous pensons, avec R. Dezeimeris, que la leçon du manuscrit, celle qui fait partie du présent texte, est mieux réussie que celle de 1505.)

esprits vitaus, le porta en cet estat roide mort par terre .]

Chi puo dir com’ egli arde é in picciol fuoco?

disent les amoureux, qui veulent representer une passion insupportable :

misero quod omnes Eripit sensus mihi. Nam simul te

Lesbia aspexi, nihil est super mi Quod loquar amens.

Lingua sed torpet, tenuis sub artus

Flamma dimanat, sonitu suopte

Tinniunt aures, gemina teguntur Lumina nocteÿ.

[Aussi] n’est [ce] pas en la vive et plus cuysante chaleur de Paccés que nous sommes propres à desployer nos plaintes et nos persuasions : l'âme est lors aggravee de profondes pensees, et le corps abbatu et languissant d'amour.

Ligne 5) a, d': insupportable. Ce gw'exprime waïvement le divin poeme : Misero, — 14) b: De vray ce west pas

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;. M. P. Villey pense, et je suis de son avis, quece morceau a été emprunté à Paul JovE, Histoire de,son lemps, trad. Sauvage, 1581, t. Il, p. 472. Le texte de l'exemplaire de Bordeaux est plus voisin du récit de Paul Jove.

2. C’est brûler peu que de pouvoir dire combien lon brûle. PÉTRARQUE, Sonnet 137.

3. Je me plains que l'amour me prive de tous mes sens; car aussitôt que je te vois, Lesbie, je deviens, dans mon trouble, incapable de parler; ma langue est paralysée, un feu subtil court dans mesmembres, mes oreilles tintent et mes yeux s’obscurcissent. CATULLE, EI, 5:

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