LIVRE I, CHAP. II
merce fini, ce n’est pas raison de refuser a la justice et a nostre liberté l’expression de nos vrais réssentimans, et nomeemant de refuser aus bons subjets la gloire d’avoir reverammant et fidelemant servi un maistre, les imperfections du quel leur estoient si bien conues : frustrant la posterite d’un si utille exemple. Et ceus qui par respect de quelque obligation privee espousent iniquement la memoire d’un prince meslouable, font justice particuliere aus despens de la justice publique. Tite Live dict vrai", que le langage des homes nourris sous la royauté est tousjours plein de folles ostentations et vains tesmouignages :
chacun eslevant indifferemment son roy a l’extreme ligne de valur et grandur souvereine.
On peut reprouver la magnanimité de ces deus soldats qui respondirent a Neron a sa barbe. L’un enquis de luy pourquoy il luy voulait mal : Je t’eimois quand tu le valies?;
n’a pas attendu la mort du roi pour accorder à la justice et à la liberté l'expression de sa vraie pensée. L’on trouve dans plusieurs passages des Essais l’expression de ses véritables sentiments sur les rois, et principalement sur celui qui règne. Voir notamment livre IH, ch. xx1, « Contre la fainéantise » et livre II, ch. vx, « Des coches », les allusions à Henri IIT. (A. A.)
1. TiTE-LivE, XXXV, 48.— Cette pensée de Montaigne, comme beaucoup d’autres, contrarie les déclarations conservatrices qu’il a émises ailleurs. (A. A.)