‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 132 sur 297 · LIVRE I, CHAP. II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. II

heures dernieres avec un soing vehement, à disposer l’honneur et la ceremonie de son enterrement, et [somma] toute la noblesse qui le visitoit, de luy donner parole d’assister à son convoy. À ce prince mesme, qui le vid sur ces derniers traits, il fit une instante supplication que sa maison fut commandee de s’y trouver, employant plusieurs exemples et raisons à prouver que c’estoit chose, qui appartenoit à un homme de sa sorte : et sembla expirer content, ayant retiré cette promesse, et ordonné à son gré la distribution, et ordre de sa montre. Je n’ay guiere veu de vanité si perseverante.

Cette autre curiosité contraire, en laquelle je n’ay point aussi faute d’exemple domestique, me semble germaine à cette-cy, d’aller se soignant et passionnant à ce dernier poinct à regler son convoy, à quelque particuliere et inusitee parsimonie, à un serviteur et une lanterne. Je voy louer cett’ humeur, et l’ordonnance de Marcus Æmilius Lepidus', qui deffendit à ses heritiers d’employer pour luy les cerimonies qu’on avoit accoustumé en telles choses. Est-ce encore temperance et frugalité, d’eviter la despence et la volupté, desquelles Pusage et la cognoissance nous est inpercep-

Ligne 3) b : enterrement, et pressa toute

Page 1