‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 196 sur 297 · LIVRE J, CHAP. XIV · texte numérisé non relu

LIVRE J, CHAP. XIV

goust que l’aloé soit du vin de graves’? Le pourceau de Pyrrho est icy de nostre escot.

Il est bien sans effroy à la mort, mais si on le bat, il crie et se tourmente. Forcerons nous la generale habitude de nature, qui se voit en tout ce qui est vivant sous le ciel, de trembler sous la douleur? Les arbres mesmes semblent gemir aux offences qu’on leur faict. La mort ne se sent que par le discours”, d’autant que c’est le mouvement d’un instant :

Aut fuit, aut veniet, nihil est præsentis in illa, Morsque minus pœnæ quam mora mortis habet5.

Ligne 1) a, a : que de l’aloé — 5) 1595 : générale /oi de nature

1. Montaigne exprime ici avec humour son opinion anti-stoïcienne. Posidonius est un philosophe stoïcien. Sa doctrine professe que la douleur n’est pas un mal; pour Montaigne, elle est le plus grand des maux. Au chapitre x11 du livre IF, il revient sur l’anecdote de Posidonius avec plus de force encore : « Tu as beau « faire, douleur, dit Possidonius, si ne dirai-je pas que « tu sois un mal. » Il sent les mesmes passions que mon laquais, mais il se gendarme sur ce qu’il contient au moins sa langue sous les lois de sa secte. Ce n’est que vent et parole. » (Texte de 1588.) Et c’est dans ce chapitre que M. P. Villey trouve que Montaigne « s’exhorte, avec Sénèque, à mépriser la douleur »! (Sources et Évolution des Essais, t. Il, p. 208.) (A. A.)

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