‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 199 sur 297 · LIVRE I, CHAP. XIV. 117 LJ · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XIV. 117 LJ

est courte; si elle longue, elle est legiere’, « si gravis brevis, si longus levis ». Tu ne la sentiras guiere long temps, si tu la sens trop; elle mettra fin à soy, ou à toy” : l’un et l’autre

1. Pour confirmer son adhésion à la morale épicurienne, Montaigne ajoute cette sentence d’Epicure. Et M. P. Villey, qui ignore la doctrine épicurienne, la croit stoïicienne. (Montaigne, Textes choisis, p. 134.)

Ce sont surtout les idées développées dans le passage qui commence à : «Mais il esten nous sinon... » (p. 115, 1. 16), et qui finit à : « D’avantage... » (p. 116, L. 20) qui ont paru stoiciennes à MM. F. Strowski et P. Villey. Or, ces idées sont, pour une part, aussi bien épicuriennes que stoïciennes et, pour une autre part, entièrement épicuriennes. Car l’épicurisme, comme le rappelle justement Montaigne (II, 11 et ailleurs), a mis parmi nous en crédit, tout aussi bien que le stoïcisme, « la vertu, la vaillance, la force, la magnanimité, la résolution ». Tout aussi bien que les stoiciens, les épicuriens maintiennent leur âme en bonne trempe, « en bonne assiette » en face de la douleur, « bien disposée » à la vertu. En réalité, l’intention de Montaigne, dans ce morceau, est épicurienne, car pour « prendre notre contentement en l’âme », et pour faire jouer leur rôle à « la vaillance, à la force et à la résolution », c'est à la force d'âme épicurienne qu'il s'adresse, puisqu'il ne propose comme possible à l’âme humaine que d’amoindrir la douleur, et que la force d’âme stoïcienne a la prétention, reconnue vaine par Montaigne, de l’anéantir.

C'est donc dans le sens épicurien et non dans le sens stoicien qu'il faut prendre les exhortations que Montaigne vient de donner dans cette page: Nous allons d’ailleurs, dans les pages suivantes, le voir faire encore appel à Épicure dans les conclusions du morceau. (A. A.)

2. Si la douleur est violente, elle est brève; si elle est longue, elle est légère. CicÉRON, De Finibus, I, 20.

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