LIVRE I, CHAP. XX
n’y a point d'autre lumiere, ny d’autre nuict. Ce Soleil, cette Lune, ces Estoilles, cette disposition, c'est celle mesme que vos ayeuls ont jouye, et qui entretiendra vos arrierenepveux :
Non alium videre patres : aliumue nepotes Aspicient.
Et, au pis aller, la distribution et varieté de tous les actes de ma comedie se parfournit en un an. Si vous avez pris garde au branle de mes quatre saisons, elles embrassent l'enfance l'adolescence, Ja virilité et la vieillesse du monde. Il a jouë son [jeu]. Il n’y sçait autre finesse, que de recomencer. Ce sera tousjours cela mesme,
versamur ibidem, atque insumus usque?, Atque in se sua per vestigia volvitur annusÿ.
Je ne suis pas deliberée de vous forger autres nouveaux passetemps,
Ligne O) a : parfournit, ef en un an — 10) à, da’, b : au beau branle — 13) a, a’, b : son roll : il
1. C’est là ce qu'ont vu nos pères; c’est là ce que verront nos neveux. MANILIUS, I, 510.
2. Nous tournons toujours dans le même cercle, et nous y restons toujours enfermés. LUCRÈCE, IIT, 1093.
3. L’année revient sur elle-même en suivant ses propres brisées. VIRGILE, Géorgiques, II, 402.
Nam tibi præterea quod machiner, inveniamque Quod placeat, nihil est, eadem sunt omnia semper1:
Faites place aux autres comme d’autres vous l'ont faite. [L’equalite est la premiere piece
de l’equité?. Qui se peut pleindre d’estre com- 5
prins, ou tous sont comprins ?| Aussi avez vous beau vivre, vous n’en rebattrez rien du temps que vous avez à estre mort : C’est pour neant: aussi long temps serez vous en cet estat là, que vous craignez, comme si vous estiez mort en nourrisse,
licet, quod vis, vivendo vincere secla, Mors æterna tamen nihilominus illa manebits.
Et si vous metteray en tel [poinct, auquel] vous n'aurez aucun mescontentement, In vera nescis nullum fore morte alium te,
Qui possit vivus tibi te lugere peremptum, Stansque jacentem#.
Ligne 7) a : rabatrez a’ : rebatrez 1595 : rabattrez — 13) a, ad: manebit. Davanfage nul ne meurt
— 14) b : tel estat duquel vous
I. Je ne puis rien trouver, rien nor de plus pour te plaire. Tout est toujours pareïl. LUCRÈCE, III,
” ; Cf. SÉNÈQUE, Lettre 30. (P. V.)
3. Triomphez des siècles en vivant ce que vous voudrez, la mort n’en sera pas moins éternelle. Lu- CRÈCE, III, 1103.
4. Ne saïs-tu pas que, dans la mort véritable, il n’y aura pas d’autre toi-même qui, vivant et debout, te puisse pleurer mort et gisant? ID., Ibidem, 898.