LIVRE I, CHAP. XXI
diverses allarmes, se perd aisement : et à qui imagination a faict une fois soufrir cette honte (et elle ne [le] fait souffrir qu'aux premieres accointances, d'autant qu’elles sont plus [bouillantes] et aspres, et aussi qu’en cette premiere connoissance, on craint beaucoup plus de faillir) ayant mal commencé, il entre en fievre et despit de cet accident [qui] luy [dure aus] occasions suivantes.
[Les mariez, le temps estant tout leur, ne doivent ny presser, ny taster leur entreprinse, s'ils ne sont pretz; et vaut mieus faillir indecemmant a estrener la couche nuptiale pleine d’agitation et de fievre, attandant une et un” autre commodite plus privee et moins allarmee, que de tumber en une perpetuelle misere, pour s’estre estoné et desesperé du premier refus. Avant la possession prinse, le patiant se doit a saillies et divers tamps legie-
Ligne 1) 4,4’, b: allarmes [en a et « : alarmes] elle [b supprime : elle] se perd aisément; et ce west pas tout, car celuy à qui l’imagination
— 3)a, a: elle ne les faict guiere souffrir qu’aus
b : elle ne /a fait guiere souffrir
— 5)a, a’, bet 1595 : plus ardantes et aspres
— 6) bet 1595 : cognoissance qgw’on donne de soy, on
— 8) a, a’, b: il entre en si grande fièvre et despit de cet accident que cetle frayeur s’en augmente et redouble [en b: lui redouble] à toutes les occasions suivantes : ef sans quelque conire-mine on 1en vient pas aisément à bout. Tel à l’adventure (p. 225, 1. 21)
remant essaïer et offrir, sans se piquer et opiniatrer a se conveincre defnitivemant soimesmes. Ceus qui sçavent leurs membres de nature dociles, qu’ils se souignent sulement de contrepiper leur fantasie.
On à raison de remarquer l’indocile liberté de ce membre, s’ingerant si importuneemant, lors que nous n’en avons que faire, et deffail= lant si importuneement, lors que nous en avons le plus affaire, et contestant de l’authorité si imperieusement aveq nostre volonté, refusant aveq tant de fierte et d’obstination nos sollicitations et mentales et manueles. Si toutesfois en ce que on gourmande sa rebel-
lion, et qu'on en tire preuve de sa condemnation, il m'avoit payé pour plaider sa cause : a l'avanture mettrois je en supçon nos autres membres, ses compaignons, de luy estre alle dresser, par belle envie de l’importance et douceur de son usage, cette querelle apostee, et avoir par complot arme le monde a l’encontre de luy : le chargeant malignement sul! de leur faute commune. Car je vous done a penser, s’il y a une sule des parties de nostre corps, qui ne refuse a nostre volonté souvant son operation, et qui souvant ne s’exerce contre nostre volanté. Elles ont chacune des passions propres, qui les esveillent et endor-