LIVRE I, CHAP. XXI
ment sans nostre congé. À quant de fois tesmouignent les mouvemens forcez de nostre visage les pensees que nous tenions secretes, et nous trahissent aus assistans. Cette mesme cause qui anime ce membre, anime aussi sans nostre sceu le ceur, le poulmon et le pous, la veue d’un object agreable respandant imperceptiblement en nous la flamme d’un’ emotion fievreuse. N’y a il que ces muscles et ces veines qui s’elevent et se couchent sans l’adveu, non sulement de nostre volonté, mais aussi de nostre pensee? Nous ne comandons pas a nos cheveus de se herisser, et a nostre peau de fremir de desir ou de creinte. La main se porte souvant ou nous ne l’envoions pas. La langue se transit et la voix se fige a son heure. Lors mesme que n’ayant de quoi frire nous le luy defanderions volantiers, l’appetit de manger et de boire ne laisse pas d’esmouvoir les parties qui luy sont subjectes, ny plus ny moins que cet autre appetit : et nous abandone de mesmes, hors de propos quand bon luy semble. Les utils qui servent a descharger le ventre, ont leurs propres dilatations et compressions, outre et contre nostre avis, come ceuscy destinez a descharger nos rouignons. Et ce que, pour authoriser la toute puissance de nostre volonté, Sainct Augus-
Ligne 27) 1595 : autoriser la puissance
tin’ alleoue avoir veu quelcun qui comandoit a son derriere autant de petz qu’il en vouloit, et que Vives, son glosatur, encherit d'un autre example de son temps, de petz organisez suivans le ton des vers qu’on leur prononçoit, ne suppose non plus pure l’obeissance de ce membre : car en est il ordineremant de plus indiscret et tumultuere. Jouint que j'en sçai un si turbulant et revesche, qu’il y a quarante ans, qu'il tient son maistre a peter d’une ha” leine et d’une obligation constante et irremittente, et le maine aïnsin a la mort.
Mais nostre volonte, pour les droits de qui nous mettons en avant ce reproche, combien plus vraisemblablement la pouvons nous marquer de rebellion et sedition par son desreglement et desobeissance. Veut elle tousjours ce que nous voudrions qu’elle vousit? Ne veut elle pas souvant ce que nous luy prohibons de vouloir : et a nostre evidant domage?
Ligne 5) 1595 : des voix qu’on
— 8) 159 : j'en cognoy un
— 12) 1595 : a la mort. Et pleust à Dieu, que je
ne sceusse que par les histoires, combien de Jois nostre ventre par le refus d'un seulipet nous mennejusques aux portes d'une mortérès angoisseuse : et que l'Empereur qui nous
donna liberté de peter par tout, nous eneust donné le pouvoir. Maïs nostre
1. SAINT AUGUSTIN, Cité de Dieu, XIV, 24. Moirle commentaire de Vivès sur ce passage.
1. SuÉTONE (Claude, c. 32) dit seulement AC) Claude avait eu dessein d'autoriser cette liberté par un édit. (C.)
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