‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 288 sur 297 · LIVRE I, CHAP. XXI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XXI

Se laisse elle non plus mener aus conclusions de nostre raison? En fin je dirois pour monsieur ma partie, que plaise a considérer qu’en ce faict, sa cause estant inseparablement conjouinte a un consort et indistinctement, on ne s'adresse pourtant qu'a luy, et par des argumans et charges telles, veu la condition des parties, qu’elles ne peuvent aucunemant apartenir ny concerner son dict consort. Partant se voit l’animosité et illégalité manifeste des accusaturs. Quoi qu’il en soit, protestant que les advocats et juges ont beau quereler et sentancier, nature tirera cependant son trein : qui n’aroit faict que raison, quand el! aroit doué ce membre de quelque particulier privilege, autheur du sul ouvrage immortel des mortels. Pour tant est a Socrates action divine que la generation; et amour, desir d’immortalité, et Dæmon immortel luy mesmes.]

Tel à l’adventure, par cet effect de l’imagination, laisse icy les escruelles, que son com-

Ligne 7) 1595 : et par les arguments et les charges qui ne peuvent appartenir à son dit consort.

Car leffect d'iceluy est bien de convier inopportunement parfois, mais refuser jumais : el de convier encore tacitement et quiëlement. Partant se void — 17) 1595 : mortels. Ouvrage divin selon Socrates : et Amour — 21) 4 : l'imagination, ex raporte les escruelles en Espaigne, que son compaignon laisse icy. Voila

pagnon raporte en Espaigne. Voyla pourquoy, en telles choses, l’on a accoustumé de demander une ame preparée. Pourquoy praticquent les medecins avant main la creance de leur patient avec tant de fauces promesses de sa guerison, si ce n’est afin que l’effect de limagination supplisse l’imposture de leur aposeme? Ils sçavent qu’un des maistres de ce mestier leur a laissé par escrit, qu'il s’est trouvé des hommes à qui la seule veüe de la Medecine faisoit l’operation.

Et tout ce capriçe m’est tombé presentement en main, sur le conte que me faisoit un domestique apotiquaire de feu mon pere, homme simple et Souysse, nation peu vaine 15 et mensongiere, d’avoir cogneu long temps un marchand à Toulouse, maladif et subject à la pierre, qui avoit souvent besoin de clisteres; et se les faisoit diversement ordonner aux medecins, selon l’occurence de son mal. 20 Apportez qu'ils estoyent, il n’y avoit rien obmis des formes accoustumées : souvent il tastoit s'ils estoyent trop chauds. Le voyla couché, renversé, et toutes les approches faictes, sauf qu’il ne s’y faisoit [aucune] injec- 25

Ligne …) 1595 : reporte — 2)a, a": choses, a l’on accoustumé — 7) 1595 : l'imagination supplée l'imposture — 8) a, a: aposime.

— 14) 4, a': unapotiquaire — 25) a, a’, b : faisait #ulle injection

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