‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 30 sur 297 · Ces paroles se rapportent à la situation des protestants · texte numérisé non relu

Ces paroles se rapportent à la situation des protestants

après la Saint-Barthélemy aux cruautés de laquelle on croyait jusqu'ici que Montaigne n'avait jamais osé faire allusion.

ce soit, je savais pleurer. Les morts, je ne les plains guère et les envierais plus tôt, mais je plains bien fort les mourants. Quant à moi, en la justice même, tout ce qui est au delà de la mort simple me semble pure cruauté: »

Qui ne voit encore une marque de vraie bonté dans le passage suivant des Essais, écrit à propos du maréchal de Montluc, et qui avait fait venir les larmes aux yeux de Mme de Sévigné? : « Feu le maréchal de Montluc, ayant perdu son fils, qui mourut en l'Isle de Madère, me faisait fort valoir, entre ses autres regrets, le déplaisw et crêve-cœur qu’il sentait de ne s’être jamais communiqué à lui; et sur cette humeur d’une gravité et grimace paternelle, avoir perdu la commodité de bien connaître son fils et aussi de lui déclarer l'extrême amitié qu’il lui portait, et le digne jugement qu’il faisait de sa vertu. « Et ce pauvre garçon, disait-il, « na rien vu de moi qu’une contenance refrognée et « pleine de mépris, et a emporté cette créance que je « ne lai su ni aimer ni estimer selon son mérite. Je « me suis contraint et gehenné pour maintenir ce vain « masque, et jy ai perdu le plaisir de sa conversation... « mayant jamais reçu de moi que rudesse ni senti « qu’une façon tyrannique! »

« Je trouve que cette plainte était bien prise et raisonnable, ajoute Montaigne, car je sais par une trop certaine expérience qu’il n’est aucune si douce consolation, de la part de nos amis, que celle que nous apporte la science de n’avoir rien oublié de leur dire, et d’avoir eu avec eux une parfaite et entière communication5. »

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