‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 31 sur 297 · Essais, 1. II, ch. vint · texte numérisé non relu

Essais, 1. II, ch. vint

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Je trouve encore un autre trait de bonté au chapitre xxxv du livre I. Ayant appris que deux hommes de bien et de valeur, Giraldus en Italie et Castellion en Suisse, étaient morts au milieu des privations et de la misère, il exprime le regret de n’avoir pas connu leur situation, car s’il l’eût connue il les aurait secourus. Nous ne pouvons enfin nous défendre de montrer un autre trait décisif de sa bonté, parce qu'il est vraiment touchant et exemplaire :

« Feu Montaigne, raconte un vieux jurisconsulte dans un commentaire sur les Coutumes de Bordeaux, feu. Montaigne, auteur des Essais, sentant approcher la fin de ses jours, se leva du lit en chemise, prit sa robe de chambre, ouvrit son cabinet, fit approcher tous ses valets et autres légataires, et leur paya les légats qu'il leur avait laissés, prévoyant la difficulté que feraient ses héritiers à les payer. »

Il faut donc conclure avec assurance, comme l’a fait Sainte-Beuve lui-même, qui, après avoir d’abord essayé, avec presque tous les commentateurs, de le tenir pour un égoïste, conclut : « Montaigne est bon? ».

Nous verrons, à mesure que nous avancerons davantage dans l'étude de Montaigne, qu’il se présentait intentionnellement et alternativement, à d’autres points devue, sous deux aspects différents. M. Edme Champion, dans son Introduction aux Essais de Montaigne, a noté ces contradictions. Il les explique par la coexistence de deux hommes en Montaigne, qui auraient alterné toute sa vie. Nous espérons montrer plus loin que, des deux personnages que Montaigne a représentés sous son nom dans le cours des Essais, et à toutes les époques, il n’en est qu’un qui soît le vrai Montaigne, et que l’autre,

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