‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 33 sur 297 · Essais, |. II, ch. vet x · texte numérisé non relu

Essais, |. II, ch. vet x

jour à être brûlé et à voir brûler son livre, à cause des idées hardies qu'il a exprimées en matière dogmatique. Il à opposé, il est vrai, à ses doutes et à ses affirmations absolument contraires à la croyance chrétienne, des déclarations de croyant. Mais sa pensée était trop clairement émancipée pour que l’Église, pas plus que le pouvoir civil, ne s’y soient jamais laissé tromper.

Il a aussi déployé du courage en censurant la conduite du pape, abusant de son pouvoir moral pour mettre, par sa bullet, la vie et la liberté des Indiens à la discrétion des Espagnols qui n’y avaient aucun droit, en attribuant au roi de Castille des territoires et des populations n'appartenant ni à lui ni à l’Église; en faisant enfin apparaître que ces peuplades ignorantes et sauvages valaient mieux que les chrétiens qui venaient les attaquer et les martyriser. Il lui a fallu encore autant d'énergie “et d'indépendance, au livre IT, chapitre vi, quand, après avoir désigné d’une manière transparente; comme nous l'avons vu, au mépris public, le personnage indigne de Henri III, voleur des finances del’Étatet des particuliers, il a flétri les cruels procédés de conquête des Indes, employés par les Espagnols. Il y montre d’abord son humanité et, par l'émotion qu’il témoigne, se révèle encore prodigieusement supérieur à son temps, en prenant la défense des peuples conquis, du point de vue purement moral et humanitaire. Il est le premier écrivain qui ait pris dans cette défense une pareille attitude, car Las Cases et Bodin se plaçaient au point de vue politique et religieux. Il fait pressentir, comme l'écrit M. Chinard, les pages les plus hardies des publicistes du xvirr° siècle.

Je ne pense pas qu'après les faits que nous venons

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