Voir dans cette Étude, p
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romanciers psychologues, en recommande si souvent la lecture à ses correspondants, notamment à Mlle Le Royer de Chantepie, qui lui demande des conseils pour fortifier et calmer son âme agitée et désemparée, et à laquelle il écrit : « Je vous recommande d’abord Montaigne. Lisez-le d’un bout à l’autre, et quand vous aurez fini, recommencez.…. Je vous l’ordonne comme médecin !. » ;
Ce qui ajoute beaucoup aux effets salutaires de ses conseils, c’est que Montaigne ne se borne pas, en mettant à nu presque tous les ressorts de sa vie intérieure et de la nôtre, à nous montrer comment se produisent en nous les faux plis qui nous déforment, à nous faire connaître les fautes qui donnent naissance à nos malheurs. Il ne se contente pas de nous conseiller la patience et le détachement de ce qu’on appelle souvent et avec raison les faux biens de la vie; mais il nous apprend aussi à nous attacher à ceux de ces biens trop souvent dédaignés qui valent qu’on les recherche, et même à en jouir au maximum.
Il nous fait voir, en effet, par son propre exemple, comment on évite souvent les maux.
« De l'expérience que j'ai de moy, dit-il, je trouve assez de quoy me faire sage, si j'étais bon écolier : qui remet en sa mémoire l'excès de sa colère passée et jusques où cette fièvre l’emporta, voit la laïdeur des maux qu'il a courus, de ceux qui l'ont menacé, les légères occasions qui l’ont remué d’un état à l’autre, se prépare, par là, aux mutations futures et à la reconnaissance de sa condition. La vie de César n’a point plus d'exemple que la nôtre pour nous; et emperiere ou populaire, c’est toujours une vie que tous accidents humains regardent. Écoutons-y seulement; nous nous
1. FLAUBERT, Correspondance, 3*° série (éd. Conard), p. 122 et 477.
disons tout ce que de quoy nous avons principalement besoin; qui se souvient de s'être tant et tant de fois mécompté de son propre jugement, est-il pas un sot de n’en entrer pour jamais en défiance? Quand je me trouve convaincu par la raison d'autrui, d’une opinion fausse, je n’apprends pas tant ce qu’il m'a dit de nouveau et cette ignorance particulière, ce serait peu d’acquis, comme en général j'apprends la débilité et la trahison de mon entendement, d’où je tire la réformation de toute la masse. En toutes mes autres erreurs, je fais de même et sens, de cette règle, grande utilité à la vie; je ne regarde pas l’espèce et l'individu, comme une pierre où j'ai touché, j'apprends à craindre mon allure partout et m’attends à la régler. D’apprendre qu’on a dit ou fait une sottise, ce n’est rien que cela; il faut apprendre qu’on n’est qu’un sot; instruction bien plus ample et importante. Les faux pas que ma mémoire m'a fait si souvent, lors même qu’elle s’assure le plus de soi, ne sont pas inévitablement perdus, elle a beau me jurer à cette heure et nrassurer, je secoue les oreilles ; la première opposition qu’on fait à son témoignage me met en suspens, et n’oserais me fier à elle en chose de poids, ni la garantir sur le fait d'autrui : et n’estait que ce que je fais faute de mémoire, les autres le font encore plus souvent par faute de foy, je prendrais toujours, en chose de fait, la vérité de la bouche d’un autre plutôt que de la mienne. Si chacun épiait de près les effets et circonstances des passions qui le régentent, comme j'ai fait de celles à qui j'étais tombé en partage, il les verrait venir, et ralentirait un peu leur impétuosité et leur course : elles ne nous sautent pas toujours au collet d’un plein premier saut, il y a de la nuance et des deprési. »