‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 54 sur 297 · LANSON, Histoire de la littérature française, p · texte numérisé non relu

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sion que, par ce scepticisme même, il laisse le champ libre à la croyance.

Il observe tous les jours autour de lui que la croyance ferme et absolue mène presque forcément au fanatisme et à l'intolérance, que, selon l’expression d'Émile Faguet, « l’homme, non content de tant d’intérêts et de passions qui le poussent à être cruel pour son semblable, se fait de son opinion une passion, une passion violente, furieuse et homicide pour ceux qui ne la partagent pas! ». Aussi Montaigne pense-t-il accomplir une œuvre très utile en atténuant la force de la croyance religieuse chez ceux auxquels il ne peut l’enlever complètement, en leur représentant, sous les formes les plus variées, que leurs opinions, quelles qu’elles soient, ne sont que des conjectures « qu’ils mettent à un trop haut prix ».

Le scepticisme, dans la mesure où nous en reconnaissons l’existence chez Montaigne, n’est donc pas de lindifférence, ni même une extrême difficulté à rien croire. Mais c’est un artifice, un procédé employé par un esprit désireux d’atténuer chez le plus grand nombre possible de ses lecteurs une passion malfaisante : le fanatisme, l'intolérance homicide.

Nous considérons, on le voit, comme une opinion sans fondement la thèse de MM. F. Strowski et P. Villey sur la terrible crise logique et morale qu'ils prêtent à Montaigne, sur la pénible crise de scepticisme, de pyrrhonisme même, que, comme à Pascal, ils lui attribuent, succédant « aux certitudes d’autrefois », et qu’ils dépeignent si longuement comme un bouleversement de son esprit. M. Villey, par exemple, veut nous convaincre que ce scepticisme, qui bientôt va finir par n'être plus qu’une « attitude », a commencé par

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