P. Vicey, Sources el Évolution des Essais, p
2. L'édition de 1635, publiée avec le concours de Richelieu, par Mile de Gournay, avait fait des mots « Que sais-je ? » l'épigraphe des Essais. Cette épigraphe, qui d'ailleurs n’a pas été choisie par Montaigne, mais par un de ses éditeurs, a contribué pour sa part à faire croire, à tort, que Montaigne était un vrai sceptique.
Montaigne est si peu ami des. pyrrhoniens, qu'après avoir utilisé leurs arguments, il formule aussitôt l'objection classique : « Au moins savent-ils cela, qu'ils doutent. » Quant au fameux jeton portant le nom de Montaigne, à la date de 1576, une balance et le mot ëtéyw (je m'abstiens), il ne représente pas l'emblème du doute absolu, mais du, doute scientifique et de l’agnosticisme.
Cette balance veut dire, comme le « Que sais-je? », qu'il pesait la valeur relative de chaque pensée, de chaque proposition, et elle lui servait à distinguer celles qui sont démontrées ou acceptables, de celles qui se présentent comme sans fondements. La balance était aussi pour lui, dans l'ordre moral, un symbole d'impartialité et de justice.