De l'incertitude de notre jugement
3. P. Vizey, Sources et Evolution des Essais, t. 1}, p: 160, IÔI.
taigne, dès la première composition des Essais, nous n’atteignons que les phénomènes, notre raison se meut dans le relatif et la porte de l'absolu lui est à jamais closet. »
En résumé, Montaigne, sur la recherche des causes premières et finales, est non pas sceptique, mais agnosticiste, comme les positivistes d'aujourd'hui. Sur la question générale de la connaissance, il est criticiste et relativiste, professe le doute scientifique et se soumet à l'expérience; mais il n’est pas non plus sceptique, il croit à toutes les vérités relatives. S'il était vraiment sceptique, je comprendrais l'éloignement de certains esprits pour Montaigne et les Essais. Lamartine manifeste pour lui une véritable antipathie. Son ami le plus cher et le plus intime, Virieux, dont la mère, croyait-il, descendait de Montaigne, le savait déjà par cœur au collège, à l’âge de douze ans, et le débitait sans cesse à Lamartine. Celui-ci combattait de toutes ses forces, écrit-il dans les Confidences, ce goût exclusif pour Montaigne. « Ce doute qui se plaît à douter me paraissait infernal, l’homme est né pour croire ou pour mourir. Montaigne ne peut produire que la stérilité dans l’esprit qui le goûte. Ne rien croire, c’est ne rien faire; sa philosophie me fait pitié. »
Peut-on dire que Montaigne ne croit à rien? qu'il ne produise que la stérilité? Lui, qui affirme très fermement toutes les vérités relatives, les seules qui nous soient accessibles, qui croit à la conscience, à l’honnéteté, à l’honneur, à la vertu, au devoir, qui cultive avec soin l'amour de ses semblables, qui s’applique à accroître leur bonheur, qui a fait et publié à ses risques