‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 61 sur 297 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Nous avons déjà montré, et nous verrons avec plus de précision encore au chapitre sur la religion de Montaigne, que sa morale est indépendante de la religion e absolument païenne. Nous allons ici en rechercher le fondement et en définir le caractère.

Au premierexamen, on serait porté à admettre l’idée de M. Albert Desjardins sur l'opinion que Montaigne avait de lui-même et de ses doctrines au point de vue moral. Après la connaissance qu’il avait acquise de luimême par l'étude clairvoyante et scrupuleuse qu’il avait faite de son moi, et s'être comparé aux autres hommes de son temps, où les âmes étaient en général si basses et si vicieuses que « qui n’était que parricide ou sacrilège

N il était homme de bien et d'honneur », il est arrivé à se rendre le juste témoignage qu'il valait mieux que les autres. Il pensait que le monde serait trop. heureux s’il avait autant de vertus que lui. D’un autre côté, il craignait, en se montrant plus exigeant, de décourager complètement les hommes incapables d’un grand effort. « Montaigne, observe M. Albert Desjardins, ramène tellement la morale à soi, que, s’il avait à revivre, il serait heureux de mener une seconde existence pareille

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