A. DESJarDINS, Les Moralistes au XVI* siècle
à la première, ni meilleure ni pire. Il regarde les qualités et les vertus qu’il a constatées chez lui comme les plus nécessaires, et semble mettre ses défauts et ses vices sur le compte de l’humaine et inévitable fragilité. De là à se présenter comme un type normal de l’homme à peu près en santé morale, il ny a qu'un pas, et ce pas, Montaigne semble le franchir. Pour pouvoir en effet présenter sa vie et ses principes d'action comme des exemples à suivre, il semble qu’il ne lui aurait pas fallu beaucoup d’efforts à faire et beaucoup de grandes vertus à déployer, parce que sa nature était honnête, loyale, impartiale et juste, et que la plupart des vices, il les avait en horreur. » Maïs toute sa doctrine morale tiendrait à ses heureuses dispositions naturelles.
Joignez encore que, s’il recommande, d’une manière générale, la pratique de la tempérance et apporte “dans tous ses actes la pondération, il est disposé d’un autre côté à nese passer d'aucun plaisir et à suivre avec mesure et surveillance, il est vrai, le jeu des passions, et vous aurez quasi raison de présenter Montaigne comme un modèle, peut-être, mais comme un modèle qui n’est vraiment difficile à suivre qu’à cause de l'infériorité morale de la très grande généralité de ses contemporains.
Si, au contraire, on veut bien se remettre en mémoire ce que nous avons dit! de l’artifice de langage consistant à affirmer qu'il n’a pas cherché à corriger ses dispositions naturelles, alors qu’en réalité tout le long de sa vie et même depuis qu’il a commencé la composition des Essais, il a au contraire lutté, non sans difficulté, contre ses inclinations et ses passions, non pour les anéantir mais pour les régler, et qu’il en est resté en partie maître, alors un autre visage de l’auteur des