Essais, I. IL, ch. xrr, vers la fin
par la raison, avec le salutaire regret de n’avoir pas réglé nos actions conformément à notre condition naturelle, de n'avoir pas fait ce qui convient (xa0ñxov).
La conscience et la morale naturelle se suffisent à elles-mêmes, «la repentance »,.le remords n’étant que la souffrance qui naît d’une fonction troublée,! mal remplie, souffrance inévitable, qui suit immédiatement la faute et en est le seul châtiment.
Cette déclaration, qui est très précise, est d’ailleurs en accord parfait avec l’étude clairvoyante et impartiale de toutes les pensées de Montaigne qui, dans les Essais, expriment sa vraie doctrine morale. Aussi est-ce par erreur que M. Edme Champion a écrit dans son livre, d’ailleurs si sensé : « L’élimination du surnaturel change radicalement la morale de Montaigne, et d’une morale absolument liée à la religion, il passe à une morale dégagée de toute métaphysique dressée par vulgaires ressorts et naturels1. »
Cette remarque n’est pas tout à fait conforme à la réalité. Montaigne avait éliminé le surnaturel dès les premiers Essais composés en 1572; par exemple, chapitre J, xxr : De la force de l’Iinagination, où il déclare que les miracles « doivent leur crédit à la puissance de limagination, agissant. principalement contre les âmes vulgaires, où il y a moins de résistance et qui pensent voir ce qu'elles ne voient pas ? ».