‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 68 sur 297 · Essais, II, x · texte numérisé non relu

Essais, II, x

de vaincre les difficultés, une fois qu’elles apparaitraient ! »,

Nous croyons qu'il y a une part de supposition très juste dans cette pensée attribuée à Montaigne. Il imite ici Épicure qui, ayant placé à l'entrée de son jardin une inscription ainsi conçue : « Entrez pour apprendre à vivre heureux », savait bien que ses préceptes seuls ne conduiraient pas facilement ses disciples au bonheur. Mais, comme lui, il espérait, et son espérance s’est en partie réalisée, que par l’entraînement: des exemples qu'ils avaient sous les yeux, ses lecteurs imiteraient les disciples d’Épicure qui, en fait, vivaient heureux et pouvaient en témoigner.

Mais, à côté de ces merveilleuses descriptions des charmes de la vertu, on trouve aussi, à la fin du chapitre xxvi du livre I, des passages dont le texte nous laisse croire qu’ils ont été inspirés en partie par un autre sentiment. Nous avons cité dans le chapitre sur l'ondoyance d’assez nombreux morceaux qui semblent inspirés à Montaigne par son dévouement pour ses semblables; mais nous en avons mis en lumière d’autres qui semblent aussi indiquer qu'il avait des moments de découragement en présence de tout ce qui se passait autour de lui, qu'il avait pris l’habitude d'envisager les choses de la vie, tantôt sous un aspect sérieux, tantôt sous un aspect fantaisiste, et que, ramenant à certains jours sa pensée à l’hypothèse que ce monde n’était pas quelque chose de bien sérieux, il parsemait alors son pessimisme ironique de traits où il traduisait son humour et son dilettantisme et lançait ses boutades cyrénaïques et fantaisistes.

Comment interpréter autrement le morceau que Montaigne a ajouté dans son édition manuscrite, au

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