‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 74 sur 297 · JACQUES DE THou, Mémoires de la vie de Jacques-Augusle · texte numérisé non relu

JACQUES DE THou, Mémoires de la vie de Jacques-Augusle

de Thou, Rotterdam, 1711, in-4, p. 58. (Voir l’addenda du septième volume.)

eue de sa vertu et sa philosophie courageuse et stoïque!... et de son exquis et prompt jugement par-dessus les hommes de son siècle en toutes concurrences d’affaires. Le cruel et impitoyable destin a dérobé à la Guyenne, ou plutôt à la France, ce riche trésor d'honneur, de vertu et de gloire immortelle. Ce rare personnage, par son décès, semble avoir laissé la vertu orpheline?. » Ce qui achèvera de montrer la grande supériorité morale de Montaigne sur son siècle, c’est sa dernière * parole contre le machiavélisme et son jugement final sur les rapports de la morale avec la politique.

Au xvi° siècle, la politique de presque tous les princes et rois était particulièrement machiavélique, et elle l'est encore souvent aujourd’hui, comme vient de le prouver la dernière guërre, si le machiavélisme consiste principalement à justifier par le but les moyens les plus suspects et les plus criminels: Or nous avons déjà vu Montaigne contre la politique machiavélique des princes contemporains en général. Mais il mest pas sans intérêt de s'arrêter un instant sur quelques passages des Essais où il traite des rapports de la politique avec la morale, et sur ce qu’il a pensé du machiavélisme. Les paroles suivantes qu’il a deux fois écrites dans les Essais font déjà pressentir que, même en politique, il penchera vers la bonté, la dou-

\ ceur et la justice, et qu'on le trouvera toujours armé contre la méchanceté, la cruauté et la perfidie : « Si la fortune m’eût fait naître pour tenir quelque rang dans le monde, j'eusse été ambitieux de me faire aimer, non de me faire craindre ou admirer5. » Or, voici un

1. À cette date, l'épicurisme était fort peu connu, sinon de Montaigne et de quelques autres, etle mot de stoïcien s'ap” pliquait généralement à toute philosophie enseignantlavertu.

2. FLorimonn DE Raymoxn, L'Anti-papesse, Paris, Lang'elier, MDCVIT, P. 158-159.

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