‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 75 sur 297 · Essais, À], vin et [LT, 1x · texte numérisé non relu

Essais, À], vin et [LT, 1x

résumé, court mais exact, de la marche des idées de Montaigne au sujet du machiavélisme. Contrairement à plusieurs des principaux publicistes français de son temps, il croit avec Machiavel que la politique et la morale sont deux choses bien différentes, en principe. La politique doit être basée sur les faits, sur l'expérience directe et immédiate. Mais il pense qu’il est presque toujours possible de réussir en politique, en conformant ses actes à la morale et à la justice. Et si l’on viole la justice, on ne réussit qu’en apparence, pour un temps, provisoirement. Dès la première édition des Essais, en 1580, il écrit que, quand même « aucune autre condition ne nous y convierait, le plus sûr est de se rejeter au parti qui a le plus de justice et d’honnêteté ». En 1588, il répète sous une autre forme que dans la majorité des cas où le politique croit qu’il ne peut réussir qu’en violant les règles de la morale, il se trompe; il pourrait presque toujours, en cherchant bien, réussir par des moyens honnètes : « La naïveté et la vérité pure, en quelque siècle que ce soit, trouvent encore leur opportunité et leur mise!. » Malheureusement, cette naïveté et cette vérité ne se rencontraient pas, en général, dans les actes politiques des gouvernants de son époque; aussi les Essais sont-ils remplis de morceaux où Montaigne s'élève contre presque tous les actes des princes régnants, qui sont faits de déloyautés et de cruautés inutiles. Dans les rares cas, au contraire, où il n’a réellement pu réussir qu’en violant la justice et la morale, le politique se prépare, par son succès même, des difficultés et des complications plus grandes, où il échouera finalement et sera lui-même dupe de ses propres tromperies. Toutefois il se présente vraiment des occasions où il est malheureusement de

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