L'Enigme du Contr'un, Paris, Hachette, 1909, p
(plus probablement à la fin de l’année 1574), où l’entente était complète entre ses amis les politiques et les Réformés. Cette dernière circonstance n’ajoutait-elle pas à la vraisemblance que Montaigne, déjà attaché à Henri de Navarre, fût de plus en plus disposé à favoriser les revendications des Réformés et la politique des confédérés? — Mais, pour ceux-là même qui n’admettent pas les conclusions de ma thèse sur le Contr'un, n'est-il pas vraisemblable que les faits que nous venons de rappeler dans les pages précédentes concernant Henri de Navarre, qu'il connaissait de si près, l’estimant et l’aimant, et qui était prisonnier à la Cour, où sa vie était constamment menacée, aient dû à la fois fortifier Montaigne dans son affection pour lui, dans son espoir de le voir parvenir au trône de France, et dans son dessein politique de favoriser cette accession?
Cette pensée s’accentue encore dans notre esprit par la lecture du passage de la lettre que, seize ans après, le 18 janvier 1500, Montaigne adressa à Henri IV devenu roi de France, et que nous ferons bientôt connaître à nos lecteurs 1. Montaigne lui dit ces paroles : « J'ai de tout temps regardé en vous cette même fortune où vous êtes, et vous peut souvenir que lors même qu'il n’en fallait confesser à mon curé, je ne laissais de voir aucunement de bon œil vos succès ; à présent avec plus de raison et de liberté, je les embrasse de pleine affection. » Ce qu’on n’a pas, en effet, remarqué suffisamment, et même ce que je crois qu'on n'a pas du tout fait remarquer jusqu’à ce jour, c’est que Montaigne avoue dans cette lettre, non seulement (ce qui va de soi) la grande et ancienne affection qu’il avait pour Henri IV, mais aussi qu'il voyait d’un bon œil le succès de ses efforts pour accéder au trône de