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remontrance au roi de France contre la mauvaise répartition des impôts, qui rentraient d’ailleurs fort mal; le texte de cette remontrance débute par des considérations générales sur les besoins du pays, que Montaigne rédigea en termes pleins de dignité et d’un véritable amour pour le bien public.
Ce langage est singulièrement courageux et hardi, ajoute M. Bonnefon, on y retrouve des idées chères à Montaigne et un ton indépendant et courageux, qui montre qu’il savait que sa fidélité était assez éprouvée et qu'il avait assez d’autorité politique pour qu’on lui permit de parler fermement.
Il prit ensuite des mesures favorables au collège de Guyenne. Enfin il rédigea une remontrance adressée au roi de Navarre en sa qualité de gouverneur de la Guyenne, et réclamant la liberté pour le commerce de Bordeaux avec les villes situées en amont et en aval; il fut chargé, avec de Lurbe, de se rendre auprès du roi pour la défendre. Mais les événements se précipitèrent et devinrent tout à coup très graves. À la fin de novembre 1583, les rapports se brouillèrent entre le Béarnais et Henri II, toujours représenté en Guyenne par Matignon. Henri de Navarre, poussé à fond par les circonstances, prit tout à coup une double décision : il refusa de recevoir sa femme Marguerite qui allait le rejoindre à Nérac et que le roi de France, son frère, avait publiquement déshonorée; puis il s’empara de la ville de Mont-de-Marsan et s’y installa. Tout le monde fut stupéfié de ces deux déterminations. Pour qu'on ne l’accusât pas de les avoir prises sans raison, le Béarnais s’empressa d’en dénoncer les causes et de les faire connaître le plus qu'il put. Il n'avait pas d'autre moyen que les correspondances ; il s’adressa donc à Matignon, représentant du roi, par lPintermédiaire de Montaigne qui était déjà en rap-
port avec son conseiller et confident Duplessis-Mornay.: Montaigne, dont l'opinion avait alors tant de poids par sa haute raison et par sa charge de maire de la capitale de la Guyenne, servit activement d’intermédiaire, par Duplessis-Mornay, entre le Béarnais et le maréchal de Matignon. Il remplit un rôle très efficace et très précieux de modérateur, recevant les lettres pour les communiquer à Matignon et les commenter, et emportant les réponses au Béarnais, également commentées par lui. Et ce ne fut pas seulement dans l'affaire de Mont-de-Marsan qu'il fut un véritable négociateur etun conseiller écouté, mais il remplit en partie le même rôle pour la question si difficile et si longue de la réconciliation du Béarnais avec sa femme, comme le démontrentles deux lettres de la reine Marguerite à Montaigne, qu'a publiées la Revue du XVI° siècle? et que nous donnerons dans les notes. La correspondance de Montaigne avec Duplessis-Mornay du 9 novembre 1583 au 6 juin 15852 montre combien est franche et profonde l'estime de Henri IV et de son conseiller pour Montaigne, et combien son jugement et ses conseils ont eu d'influence sur leurs décisions. « À vous, lui écrit Duplessis, qui n'êtes ni remuant ni rémué pour peu de chose, nous écrivons à autre fin, non pour vous assurer de notre intention qui vous est connue et ne peut vous être cachée, soit par votre franchise, soit par la pointe de votre esprit, mais pour vous rendre plège et témoin, si besoin est, envers ceux qui jugent mal de nous, faute de nous voir. Au reste, faites état de notre amitié