Voir l'Avertissement qui commence le présent volume
3. Lettre de de Brach à Juste Lipse. (Voir l'addenda du septième volume.)
religieux, mais évoqua les seules pensées des philosophes païens.
Le 15 octobre, bien qu'aucun mandat officiel n’exiget sa présence à Blois, et probablement au seul titre de gentilhomme ordinaire du roi, peut-être aussi comme simple observateur, Montaigne partit pour les États de Blois. C’est là qu’il eut avec Jacques de Thou lPentretien dont nous avons parlé, et que nous rappelons en note, in extensot.
1. Voici un écho de la conversation de Montaigne avec de Thou, que celui-ci a noté dans ses Mémoires. Montaigne conseillait à de Thou d'accepter l'ambassade de Venise, qui lui était offerte, et lui promettait même, pour l'y décider, d'aller vivre auprès de lui là-bas, au moins pendant un certain temps. On s’entretenait aussi des troubles et de leurs causes, et Montaigne en parlait librement et en homme franc et indépendant. « Montaigne lui dit qu'autrefois il avait servi de médiateur entre le roi de Navarre et le duc de Guise, lorsque les deux princes étaient à la Cour ; que ce dernier avait fait toutes les avances par ses soins, ses services et ses assiduités pour gagner l'amitié du roi de Navarre, mais qu'ayant reconnu qu'il le jouait, et qu'après toutes ses démarches, au lieu de son amitié, il n'avait rencontré qu'une haine implacable, il avait eu recours à la guerre comme la dernière ressource qui pût défendre l'honneur de sa maison contre un ennemi qu'il n'avait pu gagner; que l’aigreur de ces deux esprits était le principe d’une guerre qu'on voyait aujourd'hui allumée ; que la mort seule de l'un ou de l’autre pouvait la faire finir ; que le duc, ni ceux de sa maison ne se croiraient jamais en sûreté tant que le roi de Navarre vivrait ; que celui-ci, de son côté, était persuadé qu'il ne pourrait faire valoir ses droits à la couronne de France pendant la vie du duc. Pour la religion, ajouta:t-il, dont tous les deux font parade, c'est un beau prétexte pour se faire suivre par ceux de leur parti; mais son intérêt ne les touche ni l’un ni l’autre ; la crainte d'être abandonné des protestants empêche seule le roi de Navarre de rentrer dans la religion de ses pères, et le duc ne s’éloignerait point de la Confession d’Augsbourg que son oncle Charles, cardinal de Lorraine, lui a fait goûter, s'il pouvait la suivre sans préjudicier à ses intérêts ; que c’étaient là les sentiments qu'il avait reconnus dans ces princes, lorsqu'il se mélait de leurs affaires. »
Il quitta Blois quelques jours avant l'assassinat prévu du duc de Guise, et rentra à Bordeaux vers la fin de décembre. Nous n'avons aucun renseignement certain sur les actes politiques auxquels Montaigne fut mêlé pendant l’année 1589. Mais, indépendamment du passage de la Wie de Mademoiselle de Gournay où celle-ci écrit, en parlant de Montaigne : « Montaigne retourné en Guyenne, d’où la guerre de la Ligue embrassait toute la France, s’attacha par le commandement et pour le service du Roi », un grand nombre de faits énumérés par Grün dans son chapitre sur les Dernières années de Montaigne rendent à peu près certain qu'il passa une bonne partie de l’année 1589 à Bordeaux, pour y aider le maréchal de Matignon dans ses efforts contre les nouveaux mouvements de la Ligue, qui avaient suivi la mort du duc de Guise, et notamment contre les Jésuites qui dirigeaient ces tentatives de révolte, et que le maréchal chassa de Bordeaux, probablement sur le conseil ou avec l'approbation de Montaigne, qui, on se le rappelle, avait déjà sévi contre eux pendant sa mairie.
La Guyenne étant désormais en paix, Montaigne se retira dans son château vers la fin de 1580. Le 2 août 1980, Henri IIT était assassiné, et Henri de Navarre devenait l’héritier légitime du trône de France. Montaigne écrit à Henri IV, à son avènement au trône. Le 30 novembre, le roi lui répond en le priant de venir le voir. À cet appel, Montaigne fait une belle réponse contenue dans une lettre du 18 janvier 1500, trouvée en 1849 par Jubinal, à la Bibliothèque nationalet. Montaigne lui a adressé une deuxième lettre, plus belle encore, datée du 3 septembre. Voici le texte de ces lettres :