‹ uvres complètes de Millevoye (volume 2)Chapitre 113 sur 188 · ACTE V, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV

Il a trompé nos coups ; tromperons-nous les siens ?

CHARLES

Oui, sansdoute. Mais dis, parquelle heureuse audace As-tu de mes gardiens affronté la menace ?

ADTMAR.

J'employai l'artifice. Arrêté sur le seuil , Je pris en un instant les traits, l'accent du deuil : « Je rends grâce à vos soins, leur dis-je ; au moins mon zèle N'aura pas à transmettre une triste nouvelle. » Empressés de saisir ces mots insidieux , Les gardes vigilants s'interrogent des yeux ; Et jugeant mon message à leurs desseins utile. Ils m'ouvrent dans leurs rangs un passage facile. Je pénètre en ces murs , et viens vous raconter Les coups portés, les coups qu'on s'apprête à porter.

CHARLES

Dissipe tes frayeurs; parle, sans plus attendre. . Mon ennemi n'est plus, et je puis tout entendre.

2oa CONRADIN.

ADIMAR.

Vous me quittiez à peine aux portes du beffroi; Soudain j'entends crier : « Conradin ! notre roi ! Qu'il vive ! qu'il triomphe ! et que Charles périsse ! » Saisissant , à ces mots , la hache du supplice , Une troupe, à travers la rumeur et les cris , Renverse l'échafaud , lance au loin ses débris , Détache avec transport l'efïigie adorée , A la main des bourreaux par un arrêt livrée , Élève dans les airs ce simulacre vain, Et répète : « C'est lui, peuple! c'est Conradin! Il ne manque à son front que notre diadème ; Contemplez son image en l'attendant lui-même : Il vient. » Comme ilsparlaient,accourentàgrandspas Une femme , un guerrier, et de nombreux soldats. Conradin ( c'était lui ) guidait la pâle Ernance. Mais quoique sur son front rayonnât l'espérance, Il craignait cependant qu'à l'heure des combats

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