SISMONDI, BIANCO
SISMONDI
Je puis donc respirer de mes longs déplaisirs , Cher Bianco ! le sort couronne mes désirs : Ugolin est coupable. En mon cœur renfermée. Assez et trop long-temps ma haine envenimée Lui chercha des forfaits : je n'en ai plus besoin ; Il m'a débarrassé de ce pénible soin.
BIANCO
Quel intérêt si grand vous conseille sa perte ?
SISMONDI
Mon ame à tes regards tout entière est ouverte, Ami sûr et fidèle ; et dans ton sein discret
Je vais sans défiance épancher mon secret. Toujours l'ambition fut ma vertu première ; Le pouvoir est pour moi plus cher que la lumière ; Et cette passion, si prompte à fermenter, Des feux de ce climat semble encor s'augmenter. Le crédit d'Ugolin m'inquiète et me .gêne ; La gloire de son nom persécute ma haine. Tout un peuple aveuglé, le nommant son appui, Ne voit que par ses yeux , ne jure que par lui : Frustré de la puissance à mon orgueil promise, Je ne marche après tout que le second dans Pisc ; Et pourtant d'Ugolin les aïeux sont obscurs, Tandis que ma famille , illustre dans ces murs , Par des faits glorieux d'âge en âge ennoblie. Touche presque au berceau de l'antique Italie. N'importe : de ma race éclipsant la splendeur. Son humilité même insulte à ma grandeur. Cet éclat dont ma vie est sans cesse entourée,