‹ uvres complètes de Millevoye (volume 2)Chapitre 133 sur 188 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

Jamais la calomnie un moment ne sommeille ; Qui s'endort innocent coupable se réveille : Oui. Si, de ton rival délateur empressé, On voyait par tes soins son échafaud dressé, On dirait que , lassé de sa vie importune , Tu voulais sur sa tombe élever ta fortune ; Partout sur ton passage on entendrait crier : « Du puissant Ugolin voici le meurtrier ! » Et qui sait ce qu'alors oserait entreprendre Une foule , facile à se laisser surprendre ? Qui sait si, d'Ugolin regrettant le trépas. Sur toi nos citoyens ne le vengeraient pas ? Pour moi, seigneur, fuyant l'aspect de votre perte. J'irai, j'irai chercher quelque rive déserte. Et pleurer Sismondi loin de ces lieux cruels , Où les plus vertueux sont les plus criminels.

SISMONDI

A trahir mes devoirs mon épouse m'engage !

D'une aveugle tendresse elle exige ce gage... Songez-vous que je meurs si je vous obéis ? Du salut des Pisans, du sort de mon pays Je réponds sur ma tête, et ma lâche indulgence Mériterait des lois l'implacable vengeance. Le pardon, la pitié, ces vertus de la paix, Au jour des factions se changent en forfaits. L'intérêt de l'État est le seul qui m'anime ; Pise ordonne , et je cours lui livrer sa victime.

CORALI.

Je m'attache à tes pas : mon époux aujourd'hui Me trouvera sans cesse enti-e le crime et lui.

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