‹ uvres complètes de Millevoye (volume 2)Chapitre 184 sur 188 · ACTE V, SCENE I. 3a i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE I. 3a i

UGOLiN, à part.

Avec peine il respire ; Sa lèvre piîlissante affecte le sourire. Oh ! qu'il est effrayant ce sourire de mort ! Sa tête sur son sein s'est penchée... Il s'endort. Songeons à profiter du moment qui me reste ; Hâtons-nous d'échapper à cet aspect funeste. Cette bague, présent d'un proscrit généreux, Renfei'me du poison, trésor des malheureux... Quelle faveur nouvelle à mes vœux accordée ! La coupe que je vois n'est qu'à demi vidée. J'y boirai le poison.

( Il jette la bague dans la coupe. ) Le poison ! Ugolin Ne devait succomber que le glaive à la main ; Mais Pise me rendra la gloire qui m'est due : Pour la postérité ma mort n'est point perdue. ( Il boit. )

Ce breuvage , ù mon fils ! vient de me délivrer Du supplice cruel de te voir expirer.

Mais toi! que feras-tu du cadavre d'un père? Ma douleur inhumaine oubliait ta misère; En fuyant mon malheur je te laissais au tien. Que faire.' que résoudre? Il me reste un moyen... J'y songe en frémissant... terrible, affreux... N'importe ! Oui, sur mon désespoir ton intérêt l'emporte. .Te serai, s'il le faut, assassin par pitié...

— .Juste ciel ! de tes mains ton fils sacrifié! Malheureux ! où t'égare une aveugle furie.? Dis, est-ce du coin-agc, ou de la barbarie ?

— Mais mourir lentement, de besoin consumé. Seul, au lugubre aspect d'un corps inanimé. De la faim dévorante endurer les tortures;

Se traîner, en hurlant, sous ces voûtes obscures; Déchirer de son corps les lambeaux palpitants... Telle sera l'horreur de ses derniers instants !

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