ACTE V, SCENE I. 3a i
UGOLiN, à part.
Avec peine il respire ; Sa lèvre piîlissante affecte le sourire. Oh ! qu'il est effrayant ce sourire de mort ! Sa tête sur son sein s'est penchée... Il s'endort. Songeons à profiter du moment qui me reste ; Hâtons-nous d'échapper à cet aspect funeste. Cette bague, présent d'un proscrit généreux, Renfei'me du poison, trésor des malheureux... Quelle faveur nouvelle à mes vœux accordée ! La coupe que je vois n'est qu'à demi vidée. J'y boirai le poison.
( Il jette la bague dans la coupe. ) Le poison ! Ugolin Ne devait succomber que le glaive à la main ; Mais Pise me rendra la gloire qui m'est due : Pour la postérité ma mort n'est point perdue. ( Il boit. )
Ce breuvage , ù mon fils ! vient de me délivrer Du supplice cruel de te voir expirer.
Mais toi! que feras-tu du cadavre d'un père? Ma douleur inhumaine oubliait ta misère; En fuyant mon malheur je te laissais au tien. Que faire.' que résoudre? Il me reste un moyen... J'y songe en frémissant... terrible, affreux... N'importe ! Oui, sur mon désespoir ton intérêt l'emporte. .Te serai, s'il le faut, assassin par pitié...
— .Juste ciel ! de tes mains ton fils sacrifié! Malheureux ! où t'égare une aveugle furie.? Dis, est-ce du coin-agc, ou de la barbarie ?
— Mais mourir lentement, de besoin consumé. Seul, au lugubre aspect d'un corps inanimé. De la faim dévorante endurer les tortures;
Se traîner, en hurlant, sous ces voûtes obscures; Déchirer de son corps les lambeaux palpitants... Telle sera l'horreur de ses derniers instants !