ACTE I, SCÈNE I. gS
Tous, dévoués, seigneur , à vos ordres suprêmes , Vous serviront , certains de se servir eux-mêmes. « Il faut , leur ai-je dit , qu'un arrêt solennel Jusque dans le passé cherche le criminel; Et la tombe , pour lui cessant d'être sacrée , Doit rendre à l'échafaud sa dépouille exécrée : Tout l'ordonne. Le roi , qui vous remet ce soin , Compte sur votre zèle , et n'aura pas besoin De rappeler sans cesse à votre vigilance Que les lois ont leur glaive , ainsi que leur balance. Sachez punir : ce roi , que vous représentez , Saura sur^vos rigueurs mesurer ses bontés. »
CHARLES
Dois-je long-temps encor ménager qui m'outrage , D'insolents plébéiens mendier le suffrage , Abandonner le soin de mes vastes projets , Et consumer ma vie à flatter mes sujets ? Un dangereux parti, jaloux de la puissance,
(f6 CONRAD IN.
Pour me la dérober n'attend qu'un jour d'absence ; Et, sans cesse livrée à des complots obscurs, Naples comme un captif me retient dans ses murs. En qnel moment encor ?... lorsque ma politique D'armes et de vaisseaux couvrait l'Adriatique ; Quand de Paléologue enviant les destins , J'allais porter la guerre aux murs des Constantins , Quand , des Grecs révoltés secondant l'hérésie , Je songeais à m'ouvrir les portes de l'Asie! Ma sécurité feinte abuse tous les yeux , Et cette confiance impose aux factieux.
Dès long-temps , tu le sais , une secrète étude D'un calme simulé m'a donné l'habitude : Joie et douleur, mon front sait tout dissimuler; Nul ne m'a vu jamais sourire ni trembler. Le dirai-je pourtant? Mon ame intimidée Veut s'affranchir en vain d'une importune idée : Pourras-tu bien le croire, Adimar? chaque nuit