ACTE I, SCENE I
De Conradin vivant l'image me poursuit.
ADIMAR.
iS'est-il pas tout sanglant tombé dans la mêlée ? N'a-t-on pas reconnu sa léte mutilée ?
Il ne doit plus, seigneur, exciter votre effroi : H a l'cjoint Conrad , Frédéric et Mainfroi.
CHARLES
S'il n'est plus , Adimar , sa mémoire est vivante ; L'empire de mon nom malgré moi m'épouvante. Je ne sais, mais ce nom répété chaque jour, Mais d'un peuple inconstant l'inviolable amour , Mais ces proscrits nombreux, dont la troupe hardie, Cette nuit, vers nos murs apportait l'incendie, Tout m'étonne à la fois , et semble m'avertir Que le bruit de sa mort a pu se démentir. Crois-tu que ses amis auraient , sans espérance , Montré dans leurs projets cette persévérance ? Non: plus sûrs de sa perte, ils le défendraient moins. 5 9
A me les asservir j'emploîrai tous mes soins. Que de déguisements j'empruntai pour leur plaire I Tantôt grave , tantôt facile et populaire , Je les ai ménagés par de nobles égards. Mesurant mes discours , composant mes regards , Pour les divers états j'ai pris divers langages : Brave avec les guerriers , prudent avec les sages , La même heure m'a vu , politique et soldat , Assembler un conseil , soutenir un combat. J'ai su m'envelopper d'un utile mystère, Affecter les rigueurs du cénobite austère ; Toujours actif, j'ai su multiplier le temps : Le sommeil à ma vie enlève peu d'instants; Durant le jour j'observe, ou médite en silence : J'ai banni loin de moi les jeux et l'indolence , Ces mimes, ces chanteurs, ces errants troubadours Dont la foule entretient la mollesse des cours. Pour mériter le nom de prince légitime ,