‹ uvres complètes de Millevoye (volume 2)Chapitre 53 sur 188 · ACTE I, SCÈNE III. io · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. io

Lui doit la véiùté : je la dirai, seigneur. Ne redoutez-vous pas qu'une telle sentence A de faibles dangers donne trop d'importance ? Que peuvent en effet quelques proscrits épars , Jetés par leur détresse au sein de nos remparts ? Certes, ces malheureux, sans refuge et sans armes. Doivent s'enorgueillir d'inspirer tant d'alarmes. S'ils viennent parmi nous chercher des protecteurs, Faut-il nous transformer en lâches délateurs ?... Estimez-nous assez pour nous croire incapables D'oublier nos devoirs , même envers des coupables. Non ; les plus saints devoirs ne seront point trahis : Les armes à la main servons notre pays , Et, fidèles aux lois que lui-même a prescrites. Soyons ses défenseurs, et non ses satellites.

ADIMA&.

Il n'est point, Procida, de faibles ennemis. Si quelques factieux dans nos murs sont admis ,

io4 CONRADIN.

Plus de repos: leur nombre, augmenté d'heure en heur S'étendra tout à coup de demeure en demeure. Avant peu ces ingrats, envahissant nos biens , De Naples à leur tour seront les citoyens; Bientôt, foulant aux pieds les droits du diadème, Ils sauront nous punir de notre pitié même. 11 serait, dites-vous, honteux de les livrer? Le mépris des devoirs peut seul déshonorer. Ah ! s'il faut raffermir nos âmes abattues ,

( Il montre des bustes au fond du théâtre. ) De ces mâles Romains contemplons les statues. De Mars inexorable ils embrassaient l'autel , Et, détournant les yeux, livraient au coup moj.'tel,- Non des proscrits, rebut des terres étrangères, Mais leurs concitoyens, mais leurs fils, mais leurs frèr C'est par les dévoùments sans cesse prodigués Qu'ils traînaient à leur char les peuples subjugués , Et que Rome, à jamais revivant après elle.

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