ACTE I, SCENE III
Parler de ces fléaux, c'est nommer Conradin. Son nom, signal affreux de toutes nos misères, Est devenu l'horreur des veuves et des mères. Peut-être parmi vous des pères désolés Pleurent encor leurs fils pour sa cause immolés. Milan, Noto, Mazare, et Pavie, et Vérone, L'ont vu, pour m'arracher la vie et la couronne, Mendier des soldats, des armes, des vaisseaux, Des princes abusés se former des vassaux Et, fougueux conducteur d'une horde en furie, Descendre tout armé des monts de Ligurie. Faut-il vous dénombrer ses crimes impunis : Les peuples de Sicile à ses Germains unis ; Ses drapeaux arborés sur chaque citadelle, Et la seule Palerme à ma cause fidèle ; Les proscrits de Tunis par ses soins rappelés , Et non loin du Gibel sous ses lois rassemblés ; Les habitants de Pise, à sa voix trop dociles,
io8 CONRAD IN.
Couviant uo pavillons les mers des Deux-Siciles; Les remparts do Mola jonchés de nos débris , De Syracuse en deuil les coteaux appauvris ; Et les feux, déchaînés sur ma flotte en ruine, Eclairant le l'ivage et le port do Messine ? Ne vous indignez-pas : tant d'odieux succès N'étaient de ses fureurs que les faibles essais ; Il porta bien plus loin l'audace et la licence : Pour lui de te!s forfaits sont encor l'innocence. I/inipie osa planter au pied du Vatican La lance castillane et l'étendard toscan ; Il osa, du pontife insultant les domaines, Traverser en brigand les campagnes romaines. Vainement dans Viterbe, en des jours révérés *, Clément le dévouait à ses foudres sacrés , Et de ce front marqué du sceau de l'anathémc
* Les fête» de Pâques.