‹ uvres complètes de Millevoye (volume 2)Chapitre 56 sur 188 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Arrachait de Sion le pieux diadème *;

Dans Rome, de l'église égorgeant les soutiens,

Il guidait l'infidèle aux temples des chrétiens,

Des profanations étalait le spectacle,

Et dotait ses soldats de l'or du tabernacle.

Ce n'était point assez. Dans un vil sénateur

Il lui restait encore un digne protecteur.

Il vint nous attaquer sur ce beau territoire :

Le nombre était pour lui, pour nous fut la victoire.

De ses soldats sans doute il partagea le sort ;

Entln je respirais sur la foi de sa mort :

Mais son nom lui sui-vit ; mais avec son fantôme

La désolation rentre dans ce royaume.

Il fallait que, chargé d'un reproche éternel ,

Il fût , même au cercueil , encore criminel !

Qu'une peine tardive! enfin soit ordonnée ;

Conradin avait le titre de roi de Jéi-usalem. S 10

no CONRADIN.

Qu'une vaine efiigie, aux bourreaux condamnée, Xivre au public affront l'aspect de Conradin ; Et que, l'abandonnant à son fatal destin, Cette foule, à son joug trop long-temps asservie. Rende à sa mort l'horreur que méritait sa vie !

PROCIDA

lies juges dans ces murs viennent d'être appelés. Un zèle prévoyant les a renouvelés :

Rien ne peut altérer leur équité suprême. Adimar les connaît; j'en appelle à lui-même.

ADIMAR.

Leur pays , Procida , les connaît mieux que moi.

En daignant les nommer , la sagesse du roi ,

D'une foule, diya par ses malheurs troublée,

A voulu prévenir l'orageuse assemblée :

Son choix, sans intérêt, comme sans passion,

A sauvé les abus de la pr»''vention.

La balance du peuple est souvent indéris(> :

A.CTE I, SCÈNE III. m

Mille séditieux , abusant sa franchise , Vils flatteurs, dans son sein cherchent des partisans; Et, comme le monarque, il a ses courtisans. Ces juges, convoqués du fond de nos provinces, Ne se sont point vendus aux querelles des princes ; De la seule équité reconnaissant les lois, A la publique estime ils ont acquis des droits Que devrait respecter celui qui m'inteiTOge; Et le choix du monarque est déjà leur éloge.

CHARLES

S'il s'élève une voix prête à les accuser, li en est temps encore, il les faut récuser.

PROCIDA

Les récuser, seigneur ! je suis loin d'y prétendre. De leurs vertus sans doute on peut beaucoup attendre, Je m'en tiens convaincu : pardonnez seulement Si j'ose témoigner un peu d'étonnement De voir un tribunal poursuivre une ombre vainc

lia CONRADIN.

Au-delà de ce terme où s'arrête la haine. Sommes-nous sur les bords où l'Egypte autrefois Citait, pour les juger, les mânes de ses rois ? Ah ! s'il eaest ainsi, Naples doit, d'âge en âge. De cette austère loi perpétuer l'usage.

CHARLES

Il suffit... Magistrats, vous m'avez entendu. Que l'édit, par vos soins, dans Naples répandu. Apprenne aux habitants, effrayés du supplice,

[Regardant Procida.) Que plaindre un criminel c'est être son complice.

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