ACTE II, SCENE I. ii
Dans sa seule tristesse elle trouve des charmes ; Votre nom prononcé renouvelle ses larmes.
KK. CONEADIN.
"Ernance, le croirai-je? a pu me regretter! Le sort s'est donc lassé de me persécuter.
PROCIDA
Hélas ! plus que jamais il vous poursuit encore. La longue inimitié du tyran que j'abhorre Par des crimes nouveaux songe à se déclarer.
De ses jours odieux j'allais me délivrer.
Sans les aveux secrets d'un perfide transfuge ,
Je régnerais aux murs où je cherche un refuge.
Que de travaux perdus, depuis le jour fatal
Où cinq mille guerriers , vengeurs du nom royal ,
Arrivés avec moi des cités de l'Abruze,
Furent vers Aquila terrassés par la ruse!
Les intrépides chefs, les soldats valeureux ,
ii6 CONRADIN.
Tout périt, tout : et moi, cent fois plus malheureux, Sous des monceaux de morts enseveli moi-même , Je crus enfin toucher à mon heure suprême. Il me fallut, sanglant, défiguré, meurtri. Demeurer jusqu'au soir sous. ce hideux abri. Plus pâle que les morts qui couvraient mon passage. J'en sortis dès que l'ombre eut noirci le rivage. Et me retrouvai seul sur un sauvage bord. Protégé seulemeat par le bruit de ma mort , Interrogeant de près les discordes civiles , Revêtu de lambeaux, j'ai traversé les villes. J'ai subi les refus, j'ai supporté l'affront; La pitié dédaigneuse a fait rougir mon front : Tous les maux à la fois me déclaraient la guerre ; Et d'exil en exil je parcourais la terre. Sans espoir, sans secours, sans vengeance surtout, Je pris le jour en haine et la vie en dégoût . J'allais m'en délivrer... Mais d'une mère en larmes