ACTE II, SCÈNE I
Le triste isolement et les longues alarmes, Mais ses vœux pour un fils si long-temps attendu Retinrent dans ma main le poignard suspendu. Bientôt je retrouvai sur la rive étrangère (.Ces Germains qni juraient par l'ombre de mon père. Je sentis dès l'instant mes vœux encouragés. Un faux nom , cette voix et ces traits si changés , Que même Procida ne pouvait reconnaître , Tout cachait à leurs yeux l'héritier de leur maître. De nos malheurs présents, de ceux de l'avenir, Je me plaisais surtout à les entretenir : Et quand ils se troublaient, sur leur ame attendrie J'essayais quelquefois le saint nom de patrie , Celui de mes aïeux , le mien... Un jour enfiïi , Ils me dirent : « Partons , » et, suivant mon destin , De Naples avec moi prii-ent soudain la route : Hélas ! qui m'aurait vu m'eût pris plutôt sans doute Pour un chef d'assassins, fléau du voyageur.
ii8 CONRADIN.
Que pour un roi banni de qui le bras vengeur S'apprête à ressaisir sa couronne usurpée , Et qui remet sa vie au destin de l'épée. Errants la nuit, le jour dans les bois retranchés. Loin des regards humains nous nous tenions cachés." A la brute parfois disputant son repaire, Nourris de mets grossiers arrachés à la terre , Le seul espoir de vaincre encourageait nos pas : Notre espoir fut trahi. De Naples sans soldats On disait qu'à nos vœux l'enceinte était ouverte; Ce récit mensonger décida notre perte.
Une troupe inquiète avait gardé les murs ; La mort nous attendait dans leurs détours obscurs. •Dès lors on n'entendit au milieu des ténèbres Que des cris d'épouvante et des sanglots funèbres : Et moi, si près de vous et si près du trépas, J'ai voulu vous revoir, vous presser dans mes bras, Et, prêt à terminer mes jours et ma misère,