‹ uvres complètes de Millevoye (volume 3)Chapitre 2 sur 16 · I . Il écrivait à son ami , M. de Poilly : « Mes · texte numérisé non relu

I . Il écrivait à son ami , M. de Poilly : « Mes

temps qu'il pouvait dérober à des détails fastidieux , et se plaignant toujours de n'en pas donner assez. Il rompit enfin toute espèce d'entrave; et, livré

« occupations ne me déplaisent pas ; elles ont «cela d'avantageux, qu'elles laissent presque « toujours l'esprit libre; et tout en travaillant, « on a encore (ce qui n'est pas peu de chose ) la « faculté de rêver si on veut, de faire des vers « si on peut. Un autre avantage qui n'est pas à « dédaigner, c'est celui de pouvoir trouver au- « lour de soi tous les livres imaginables , depuis « le cèdre jusqu'à l'hysope , etc., etc. »

Il demeurait chez un libraire qui avait un goût moins vif pour la lecture , et qui, le trouvant un jour occupé à feuilleter des livres, au lieu de les emballer, prit un air grave, et l'interdit par ce singidier horoscope : Vous lisez ; vous ne serez- jamais libraire.

sans partage à ses goûts chéris, il composa successivement plusieurs petits poèmes qui furent recherchés et lus avec un vif intérêt. Un premier recueil, publié en 1801 , avait joui de la même faveur. Ses nombreux triomphes dans les luttes académiques consacrèrent, en quelque sorte , sa réputation naissante : « Doué d'un sens droit, d'un « goût pur et d'une oreille délicate, il a développe un vrai talent dans un âge a où d'heureuses dispositions seraient « déjà dignes de louange. » Ainsi s'exprime l'auteur du Tableau de la littérature française depuis 1789, à l'occasion de ses deux premiers ouvrages couvonnés^r Indépendance de l'homme de lettres, et le Voyageur. Dans ce der-

nier concours, l'un des plus mémorables de l'Académie française, le prix extraordinaire décerné à son digne émule , M. Victorin Fabre ^ , et les

I . M. Victorin Fabre a pu s'arrêter au milieu de ses triomphes et s'imposer un silence qui afflige tous les amis des lettres, ni ses succès éclatants, ni ses ouvrages très-distingués, ne sont tombés dans l'oubli. Quelques-uns de ces ouvrages, tels que le Tableau de la littérature du i8* siècle, Y Éloge de Corneille, l'excellent Éloge de La Bruyère, indépendamment de la verve de style qui les anime, annoncent une force de conception, une étendue de connaissances , une finesse et une sagacité d'esprit extrêmement rares. Né pour la poésie, comme pour l'éloquence, il a été le concurrent le plus redoutable de Millevoye. Vaincu par lui, en 1807, son vainqueur en 181 1, il est devenu et il est resté son ami. Millevoye, qui rendait une

beaux vers honorés d'une mention^, contribuèrent, par leur propre éclat, à rehausser l'éclat de sa victoire.

pleine justice à son caractère et à ses sentiments, ne le désignait plus vers la fin desa\'iequesous ce titre : l'excellent confrère. « Rien ne s'est rencontré , m'écrit M. Victorin Fabre , dans ma courte carrière littéraire, qui m'ait plus profondément touché. » On verra bientôt à quel point . ce titre, auquel il attache avec raison un grand prix, lui a été justement donné. Il est impossible de porter à la mémoire de Millevoye un plus vif intérêt que ne le fait M. Victorin Fabre. Je ne le connaissais point ; j'ignorais qu'il habitât Paris; il est venu à moi dès qu'il a su que je me disposais à jeter quelques fleurs sur la tombe de notre ami commun.

I. Le Voyageur, discours en vers par M. A. Bruguière ( de Marseille. )

Le poème qu'il a consacré au saint évéque de Marseille, rempli de pensées graves, de sentiments religieux et de tableaux énergiques, fut désigné, par le juri de l'Institut, pour l'un des prix décennaux ; et lorsque le magnanime Rotrou et l'intrépide Goffin le ramenèrent dans la lice où, deux années de suite, il s'était si glorieusement signalé, deux années de suite encore il y cueillit des palmes nouvelles.

Tant de fois triomphant , devenu l'objet d'une attention flatteuse, il resta simple, modeste et laborieux.

Des éditions multipliées de ses premiers ouvrages , corrigés avec soin d'édition en édition ; la traduction en vers des Églogues de Virgile, Charle-

magne à Pavie , trois livres d'élégies , des essais de traduction en vers de quelques chants de Y Iliade , Alfred, quelques poèmes d'une moindre étendue, tels c^Emma et Eginard, et la Rançon d'Égill, etc., publiés dans un laps de temps peu considérable, attestent sa docilité aux conseils de la critique, la sévérité de son goût, l'activité de son esprit, et la souplesse de son talent.

Impatient de réaliser ses conceptions, son premier jet était rapide; mais, le plus souvent, il portait l'empreinte d'un travail précipité ; il fallait retoucher , refondre : sa prodigieuse facilité lui faisait un jeu de ce qui effarouche les esprits lenls, et devient pour eux

une espèce de torture. Tous ceux qui ont tenté de dessiner Charlemagne dans ses grandes proportions ont échoué; il n'a voulu que saisir quelques traits de sa physionomie, et il a réussi : mais, pour donner à son poème sa forme actuelle, il l'a remanié trois fois en entier, il en a resserré le cadre, il l'a étendu, resserré de nouveau avec un courage et une célérité sans exemple.

Ce qui le distingue comme écrivain, c'est une grande sagesse de composition , un heureux choix , un fond d'idées justes, mêlées d'idées ingénieuses; un style pur, élégant, noble , harmonieux, quelquefois plein de verve et d'éclat'.

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