LE DÉPART D'ESCHYLE
JNI 'emportattt que sa lyre et ses dieux domestiques, Seul , debout sur la poupe , et les yeux sur les flots, Eschyle abandonnait les rivages attiques , Et son chagrin profond s'exhalait en ces mots :
« Quoi ! le jeune Sophocle a vaincu son vieux maître ! L'Athénien léger, lui décernant le prix, Dans mon dernier ouvrage hésite à reconnaître La chaleur et l'éclat de mes premiers écrits.
Comme si la vieillesse éteignait la pensée , Il ne juge mes vers que sur mes cheveux blancs ! 4 i4
î58 ÉLÉGIES.
Ne se souvient-il plus que la neige glacée
Couronne quelquefois les cratères brûlants?
L'aigle ne vieillit pas. A la voûte éternelle Il porte encor la foudre au déclin de ses ans ; Et Jupiter j versant le nectar sur son aile, Repose encor sur lui des regards complaisants.
O mon jeune rival ! je pardonne à ta gloire. En passant devant moi tu baissas le regard : Modeste , tu semblais , confus de ta victoire , Rougir sous tes lauriers de l'affront du vieillard.
La Muse te dota des trésors du poète : On dit que d'Apollon cette divine sœur Couronna ton berceau des abeilles d'Hymète , Et voulut de tes chants présager la douceur.