LIVRE IL
Lyre ! au suprême instant que ta voix se ranime. » Et la Lyre en ces mots fit entendre sa voix:
« Toi .que j'ai consolé , songes-y bien , dit-elle , « Les Dieux , les justes Dieux punissent les ingrats, « L'amour vit peu d'instants , la gloire estimmortelle : « Quelque jour, mais en vain, tu me regretteras.
« A tes doigts répondaient mes cordes poétiques ; n Je m'éveillais pour toi dans le calme des nuits : « J'aurais fait plus encor; sous les cyprès antiques, « L'Elégie en tes vers eût pleuré ses ennuis.
n Vers les bords du Mélès , pour toi du Méonide « J'eusse été recueillir quelque chant commencé, « Ou chercher à Céos du touchant Simonide *^ I^es nobles vers , perdus dans la nuit du passé.
« J'ouvrirais à tes pas la grotte accoutumée « Où rêvait Théocrile, où ses chants tous les soirs « Retentissaient, plus purs que l'huile parfumée « Dont l'or, dans Sicyone, inonde les pressoirs.
« Un jour je sommeillais dans les bois d'Aonie: « La muse me toucha d'un magique rameau , « Et d'un mode inconnu m'enseigna l'harmonie; « Mais j'emporte avec moi ses secrets au tombeau.
Elle a cessé. Les feux, qu'allume le zéphyre, A travers les parfums emportent ces adieux ; Et toutefois, dit-on, des cendres de la Lyre S'exhala jusqu'au soir un son mélodieux.