LA RENAISSANCE
Dans ses réduits savans accueillit par pitié ; Elle les rend au jour, quand leur culte ouljlié, Impuissant ennemi d'un culte plus austère, Ne pourra plus servir qu'aux plaisirs de la terre.
Par les soins de Budé, ce noble ami des arts. Un collège naissant reçoit de toutes parts Des Grecs et des Romains les savans interprètes. Là, le Français charmé par les douceurs secrètes Que versent dans son cœur tant de divins écrits. Vient démentir l'aveu de ses premiers mépris. Etienne, avec ardeur et d'une main habile, Sait propager au loin , par un airain mobile , Ces chefs-d'œuvre fameux, nés de l'antiquité, Et confirmer enfin leur immortalllé.
DES LETTRES ET DES ARTS. 89 Déjà l'expérience ouvre un champ plus fertile A ces arts dégagés de tout luxe inutile ■*, Qui, réclamant de l'homme un long tribut de soins, Pour prix de son travail, allègent ses besoins; Et semblent, de ses maux interrompant la chaîne, Lui payer en bonheur ce qu'il dépense en peine. O favorable effet d'un sort capricieux ! Tout, des peuples ardens vient éclairer les yeux : Ce nouvel univers que rêva le génie, Que découvrit l'audace à la prudence unie, Et qu'enfin par le fer a conquis la valeur ; D'un schisme encor naissant la coupable chaleur *, Qui fait jaillir d'un mal un bien qui le compense. Et d'un débat funeste une heureuse éloquence; Ce concours imposant de grands hommes rivaux ; Ces rois dont la faveur, prix des nobles travaux ^,
Ao LA RENAISSANCE
Nourrit dans leurs sujets une ardeur balancée; Mais surtout ce grand art qui grave la pensée, Et, d'un sage écrivain multipliant la voix, Partout, comme un écho, la répète à la fois; Tout enfin, des esprits étendant le domaine, Provoque le réveil de la raison humaine.
A sa vue, interdits et fuyant à grands pas, Tels que des rois déchus bannis de leurs états , Les préjugés, l'erreur, le faux goût, l'ignorance Vont se réfugier dans le sein de Byzance, Et, par la tyrannie adoptés désormais, N'en devront plus sortir qu'avec elle, ou jamais.
Quel que soit cependant l'éclat qui le décore, é D'un siècle encor plus beau cebeau siècle est l'aurore:
DES LETTRES ET DES ARTS. 4i
Mais à mon pays seul devront appartenir Ces honneurs immortels que promet 1 avenir. Le flambeau du génie allumé dans la France , De nos nombreux rivaux confondant l'espérance. Devra par ses rayons, au loin victorieux, De l'imivers jaloux importuner les yeux ; Et l'Italie enfin , source de la lumière , Verra notre splendeur l'inonder la première. De gloire impatiens, les écrivains français Vont bientôt conquérir, par de plus grands succès,, La palme des beaux arts qu'Apollon leur destine.... Marot promet Malherbe, et Malherbe Racine.