EGLOGUE PREMIERE
Titvic, tu patulîe recubans sub tegmine fagi...
Virgile excellait dans l'art des contrastes. L'opposition entre le sort des deux bergers est une idée profondément dramatique. La douloureuse agitation de Mélibée s'augmente encore du repos fortuné de Tityre.
Nos patrise fines et dulcia linquimus aiva; Nos patiiam fugimus...
Ces trois expressions ,peu différentes entre elles, et destinées à peindre la même circonstance, sont
bien le langage de la douleur, qui, naturellement monotone , aime à se répéter , pour s'entretenir plus long-temps de ses pertes. C'est ainsi que les airs mélancoliques roulent sur lui petit nombre de notes, dont le retour fréquent imite la plainte. Dans patriœ fines , didcia an>a , ai patrtain , Mclibée regrette trois fois sa patrie.
Tu, Tytirc, lentus in iimbrà...
Lenttis exprime à la fois l'indolence , le repos , et la sécurité, et n'a pas dans notre langue de mot qui lui corresponde. Observons , en passant , avec quel art naturel Virgile emploie les tours analogues à ce qu'il veut décrire : la langueur du participe recubans et de la phrase incidente , lentus in umbru , s'accordent avec l'abandon de l'heureux berger , et semblent imiter son attitude.
Fortunate scnex ! crgo tua rura mancbunt!
Lorsque le cygne de Cambray, rendant hommage à celui de Mantouc , admirait cette touchante apo-
strophe , il était loin de prévoir qu'un jour elle dût faire encore verser plus de larmes. Tant de proscrits , dépouillés de leurs biens , n'avaient pas , en regardant les dernières cabanes du sol français , répété à leurs humbles possesseurs : Ergo tua rura manebitnt.
Cette sorte de novissima verba, ces longs adieux à la patrie rappellent un autre chant d'exil , non moins tendre et plus solennel : Super Jlumina Babjionis , illic secUmus et Jleviinus , quuin rccordaremur Sion; paioles d'une religieuse simplicité, et où respire , en quelque sorte , le sublime delà tristesse.
Fortunatc scnex ! hîc, intcr fluniina nota Et fontes sacros , frigus captabis opacum.
Le frigus opacum , si célèbre , ne peut se rapporter qu'aux ombrages , circonstance sous- entendue par Virgile et que j'ai exprimée dans ce vers :
Sous la fraîche épaisseur des ombres bocagères.
lUvarol , toujours en quête de nouvelles combi-
liaisons , n'avait pas laissé c''cIiapjier/r%Y/j opncnin , qu'il traduisait par la fraîche obscurité. Le mot serait plus juste s'il s'agissait d'une caverne.
Hinc tibi quae semper vicino ab limite scpcs Hyblaeis apibiis florem dcpasta salicti , Saepè levi sommim suadcbit iniie siisiino.
Ici Yirj^ile , par une heureuse mctonyiuie , fait passer l'action de l'objet animé à l'objet inanimé; ce ne sont plus les abeilles , c'est la haie qui invite aux douceurs du repos. J'ai osé reproduire la hardiesse de cette figure , que je n'eusse point hasardée , sans le privilège de la traduction. Je me suis sur-tout attaché à rendre , sans la couper , cette abondante période , composée comme le meilleur tableau.
Quàm iiostro iliiiis labaliir |)('(r()r(' viiltiis.
Tityre désigne ici son bienfaiteur par le seul mot /■//»«, quoiqu'il ne l'ait nomme que vingt vers plus
A'OTES. 89
haut; pane qu'une ame remplie de 1 objet de son alïectiou en croit tout le inonde occupé comme ellemême, et ne suppose pas qu'on s'y puisse méprendre. J'ai gardé l'indéfini.
At nos liiuc alii sitientes ibiinus AIros; Pars Scythiam...
Combien ces mots alii et pars ajoutent à l'intérêt do la situation, en exprimant que les nuilheureux proscrits n'auront pas même la consolation pénible de partir pour le même exil , mais seront jetés çà et là sur la terre ! Virgile est plein de ces intentions délicates et mélancoliques. La même tirade en oiTre un autre exemple dans les vers suivants : Eu uuquam j)atrios lougo post tempore fines, Pauperis et tuguri cougestum cespite culmeu, Post aliquot, iiiea régna videus, mirabor aristas?
L'opposition de lougo pose tempore et de pojt nlitjiiot fait sentir combien ce temps d'c.xil Itur doit paraître long , quoiqu'il ne dure que quelques an-
yo ^OÏES.
nées. Cette apparente contradiction a pn-paré des tortures à plus d'un savant. Moi , qui n'ai pas l'honneur de l'être, je m'en suis tenu au sens que je viens d'indiquer , persuadé que souvent en poésie un sentiment est une raison.
11 est inutile de faire remarquer tout le charme du mea régna, que Racan a imité avec grâce dans ces deux vers :
Soa fertile domaine est son petit empire.
Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau.
Au reste, les bons vers de Racan , comme ceux de Segrais, sont trop connus pour qu'il soit nécessaire de les rappeler souvent. On aimera peutêtre mieux trouver ici l'églogue qui concourut en 1784 à l'Académie française pour le prix de poésie que remporta RuTH, de Florian. Elle est d'un religieux , nommé Dom Gérard , qui , en mourant , désira qu'elle fût mise au concours : il ajouta " qu'il l'avait faite pour le soulagement des pauvres, et qu'il leur destinait les fiuits de sa victoire, si
NOTES. gi
l'Académie couronnait son tombeau. » Ce sont les termes de sa lettre , cités par Marmontel , dans son rapport sur le concours. Cette pièce, très -distinguée malgré ses incorrections , contient des traits et même des morceaux dignes des plus grfuids maîtres. Elle est intitulée : Le Patriarche laboureur. Je crois en la citant que de pareils vers con- .soleront assez le lecteur de ce que les miens lui pourront avoir laissé à désirer :
Un vieillard révéré dans son hameau cliampétie Eu avait vu la race et s'éteindre et renaître. Au labourage instruit par soixante moissons. Il aimait d'en donner à son tour des leçons. Les jeunes métayers à ses conseils utiles Recouraient chaque jour, et, disciples dociles, A son gré disposaient ou ceiguaieut le semoir.
Damon de la sagesse exerce le pouvoir; Arbitre pacifique, il étouffe les haines. Marque des champs voisins les bornes incertaines;
ij-j. NOTES.
Et sou louf,' souvenir avait plus d'uuc fois
Sous la main des huissiers suspendu les exploits.
Par son âge, au travail à regret iuliabile.
Il presserait eu vain le soc d'un bras débile;
Mais il ne peut languir dans un repos oisif:
D'une épine noueuse aidant sou pied tardif,
Il va, des bord.s'du champ, voir avancer l'ouvrage;
Sa voix des bras lassés ranime le courage ,
Et jusque pour la brute aux maux compatissant.
Il retient sur les breufs l'aiguillou meuarant.
Admis au sanctuaire, et du hanieau l'exemple. Sa voix résouue cueor sous les voûtes <ia temple. Et souvent sa ferveur aux marches des autels Va se rassasier du pain des immortels.
Son épouse à Damou fut ravie avant l'âge;
Mais de nombreux enfants consolaient son veuvage.
Des myrtes de l'hymen deux de ses fils parés
Habitaient des foyers, des siens nou séparés.
Les fils, les petits-fils, et les brus, et les filles.
Sous uu humble et seul toit rassemblaieut trois fainillea
L'ordre réguait au seia du peuple frateruel.
Et pliait tout aux droits du sceptre pateruel.
Empire aimable et saint! qu'un père est un doux maître
Seul Damon présidait sur le détail champêtre.
Seul il dictait les soins , et les travaux du jour.
Et l'instant du départ, et l'instant du retour.
Ces ordres, chaque soir sa voix ainsi les trace :
Lorsqu'aux traits du matin les ombres feront place,
S'exerçant de concert sur un large sillon ,
Que l'un presse le soc , et l'autre l'aiguillon ;
Pour vous , vous traînerez la herse aux deuts crochues
Sur la motte rebelle au coutre des charrues ;
Les plus jeunes paîtront, au bord des prés naissants.
Ou les bœufs fatigués, ou les veaux bondissants.
Vous, allez, du pigeon prévenant les rapines.
Sur les chanvres semés tendre un manteau d'épines ;
Et vos sœurs dans les blés , un sarcloir à la main ,
Iront, d'un pas léger se frayant un chemin ,
Détruire la nielle où la uielle abonde ,
Et trancher du chardon l'engeance trop féconde.
Aiusi que le pilote , eu main le gouvernail.
Prescrit aux matelots l'ordre de leur travail ,
Ainsi du lendemaiu Damon règle l'usage ;
Et tous , également contents de leur partage ,
Jusqu'à l'aube du jour, vont du coq matinal ,
Pour le commun départ , attendre le signal.
Mais d'un éclat nouveau déjà les cieux rougissent ;
De retable arrachés , les boeufs au loiu imigisseut;
Dans les sillons ouverts le coutre se polit ;
Sous les ongles de fer la gltbe s'amollit;
Le chanvre se dérobe à l'avide colombe ;
Sous le sarcloir aigu partout le chardon tombe ;
Sou dard s'oppose mal à des aciers tranchants.
Et la nielle eu tas couvre le bord des champs.
La sueur à grands flots des fronts en vain ruisselle.
Une chanson soutient la force qui chancelle.
Les bras ont plus d'ardeur que le soleil brûlant,
Et tous voudraient au jour donner un cours plus leut.
Lorsque le graud flambeau cache enfin sa lumière,
Notre troupe en chantant regagne la chaumière.
Et, nourrissant l'espoir d'un rustique festin,
Scut la fève ou le lard qui l'attend sur l'étaiu.
Au rc[>as succédaient de fcrvcules prières.
Et, tous alors cédant an besoin des paupières.
On allait sur la natte, en des flots de pavots.
Pour un prompt lendemain puiser des feux nouveaux.
Mais lorsque , s'emparant de la voûte azurée. Le nébuleux décembre allongeait la soirée. Un jeune enfant, docile aux soins de son aieul. De nos fastes sacrés prenait le saint recueil. Mais non sans le baiser : sa main respectueuse L'approchant des lueurs d'une mèche onctueuse, Il lit, d'abord timide, et bientôt enhardi. Autour de lui soudain un cercle est arrondi : L'un debout, l'autre assis, tous, fervent iiuditoire, En extase écoutaient la vénérable liistoire.
Appliquant un cristal sur ses yeux obscurcis , Et du jeune lecteur dirigeant les récits. Le vieillard lui disait : «Lisez ces pages saintes, Abel, le juste Abel, de son sang les a teintes. Où peut d'un frère aller la jalouse fureur! Pourquoi le meurtrier fut-il un laboureur ? Cotte leçon pour vous est triste , mais utile.
f/^ N O T JvS.
■< Après AJjcl viendra ce fils cher et docile. Qui , cédant ;■> la loi dont son père est pressé , Monte sur le bûcher que lui-même a dresse ; Mais le ciel couronna par un retoi.r jirospèrp. L'égale obéissance et du fils et du ])érc; Dieu veut que snas réserve on se repose eu lui : Ces deux traits rempliront nos veilles d'aujoi.rdlm, L'autre soir varîra nos pieuses lectures , Et demain de Joseph les saintes aventures. Et son respect, si mal payé par Putiphar, Feront bien à vos yeux oublier qu'il est tard; Surtout vous y verrez, instruits h l'indulgence. Comme un frère offensé doit en tirer vengeance. » La scène ainsi féconde en heureux cliangements Variait les leçons et les amusements.
Les jours du saint repos, en ces pieuses veilles. On avait pour tout soin d'occuper les oreilles. Aux autres soirs, les mains, s'exciçaut à leur tour. Reprenaient à la nuit ces vols faits sur le jour.
Lorsque le docte enfant, fidèle à sa coutume.
Avait en le baisant fermé le saint volume.
Près d'un faisceau fatal souvent aux humbles toits.
Ou s'attroupe, et, brisaut le chanvre entre les doigts.
Frère et sœur tous soudain font un oonoert rustique.
D'innocentes chansons, ou d'un pieux, cantique.
Le vieillard, à voix basse, accompagnait leurs chants.
Sou ame était ouverte à des plaisirs touchants ;
Et s'il goûtait des voix la do.uceur réunie ,
Des cœurs, bien mieux encore, il aimait l'iiarmouic.
Souvent de leurs accords interrompant le cours , Ses enfants lui disaient : « Cher auteur de nos jours , Sans doute, eu l'étendant. Dieu sema votre vie De bien des traits divers : contentez notre envie ; Daignez les raconter; vos peines, vos malheurs. Soufferts , hélas I pour nous, doivent toucher nos cœurs.
<< — Pourquoi de mes chagrins vous noiirrir la mémoire? D'ailleurs ma vie est longue et courte est mou histoire. Répondait le vieillard; et quels traits curieux Offrirait de mes ans le cours laborieux ? Puissé-je m'être au moins rendu mes maux utiles ! Le travail n'était rieu, si mes champs infertiles. Si l'avide traitant, si mes durs créanciers, ÎS'avaient armé cent fois contre moi les huissiers.
Être isolé, j'auraLs moins senti ma misère;
Mais eombien dans les maux c'en est nu d'être pèrp!
«Que l'art du laboureur est un art incertiiiu! Sa fortune dépend d'un soir ou d'uu malin : Il voit au gré des vents errer ses cspérauees. Combien de fois , charmé de riches apparences , Insolvable long-temps, aux mains des usuriers Je comptais m'arracher par d'abondants greniers , Lorsqu'un torrent, soudain tombé du haut des nues. Couvrait de mes épis les rives inconnues : Ou lorsqu'on un désastre aux champs non moins fatal Lançant du haut des airs ses noyaux de cristal , La grêle ne faisait de ma moisson entière Et du plus riche espoir qu'un amas de litière.
« Ces revers trop communs, métayers malheureux. Qu'ils touclient peu souvent vos maîtres rigoureux !
«' Un autre fléau vint nuire à mon labourage : Soit que d'impurs marais le prochain voisinage De mortelles vapeurs eût infecté les airs. Ou bien que dans leur sein nos végétaux (Vwcr'.
Cacliasseut le poisou , du venin redoutable
Mes bœufs tombaient frappes eu entrant dans l'étable.
Ainsi, tout contre moi parassait eonjuré,
Je sentais défaillir mon cœur désespéré.
Que dis-je ? toutefois, en ma douleur amère ,
Dieu me gardait encor pour soutien votre mère ;
Je courais dans son seiu épandre mes soucis ;
Nos pleurs eu se mêlant se trouvaient adoucis ;
Devait-elle, 6 mon Dieu, sitôt m'ètre enlevée!
« Vous parlerai-je ici de la triste corvée?
Ah! respectons des rois les ordres souverains :
Les rois n'ont pas voulu mes plus cuisants chagrins ;
Le fruit de la corvée, ils l'ignorent sans doute.
Ce travail meurtrier, que de bœufs il me coûte !
J'ai dû plus d'un dommage aux éléments fougueux.
Mais le voyer cruel m'a nui plus souvent qu'eux. Que de rigueurs par lui jointes à l'injustice! Le ciel vous réserva pour un temps plus propice : La tendre humanité touche aujourd'hui les cœurs; Elle amollit enfin jusqu'à ceux des piqueurs. Mais, jadis exerçant leurs cruautés brutales. S'ils uc m'avaient causés que des pertes fatales!
loo XOTES.
Ils ont plus fait : um luuite e^t due à leur fureur; Aurais-je des cachots, sans eux, counu l'Iiorrcur? Mais j'y fus de mes bœufs expier riuipuissauce. Ce coup frappa le seiu où vous prîtes uaissauce; Doris se uourrissait dès long-temps de ses pleurs ; Mon iufamie , unie à nos autres malheurs , Porta le dernier coup à son amc indignée; La mort qu'elle appelait n'était pas éloignée : .(c vis l'instant fatal s'approcher à grand pas. Et Doris un matin s'éteignit dans mes bras.
<■ Qui de vous ou de moi, dans ce désordre extrême, Uut-on plaindre le plus? on nous j)laignit de même. Vous sentîtes dès-lors vos rigoureux destins. Vous redoubliez mes pleurs par vos cris enfantins. Cher et triste fardeau ! votre nombre, votre âge , Auraient dû m'accabler : Dieu soutint mon courage. Que la religion est utile aux mortels ! Courant me prosterner au pied des saints aulcls. Au ciel je confiai le soin de votre enfance; Il ne m'a point trompé dans ma juste espérance. Le sort fléchit pour moi son courroux inhiiinaiii Vous iTÙtcs : au travail je formai votre niaiii ;
NOTES. loi
J'en mis le goût daus vous. A mes leçons ildcilcs , Vous vîntes me prêter hieutôt vos bras utiles ; Moins à regret les mieus se sentaient affaiiilir ; Aidé par vous, je vis mes moissons refleurir; J'éloignai des huissiers les troupes importunes; En un mot , j'oubliai mes longues infortunes; Et, par vous libre enfin de dettes et d'impôts , Je me prépare en paix à mou dernier repos. »
C'était ainsi les soirs que des liameau.v ru.-liijues
Le vieillard rappelait souvent les mœurs antiques :
« Quel luxe, disait-il, étonne ici mes yeui!
Avec la pauvreté l'orgueil croît eu ces lieux. ^
Superbes villageois, à votre fierté vainc.
Pour remplacer l'étoupe , un lin suflit à peine.
Jadis, sur nos destins réglant notre ornement.
Pauvres, nous n'avions pas un riche vêtement.
Un acier garnissait nos épaisses semelles.
Et faisait sous nos pas jaillir les étincelles.
jVos tissus les plus fins de chanvre étaient ourdis;
Nos cheveux sur nos fronts descendaient arrondis ;
Et, sans boucle et saus tresse, aux plus beaux jours de fête.
Un feutre long-temps neuf parait assez nos têtes.
Notre rusticité l'ait lionte à uos neveux.
De nos jours , ou étage, on plisse ses cheveux ;
Par le ciel destinée a de meilleurs usages.
Une poussière utile affadit les visages.
Comme de nos besoins la vanité se rit !
La farine vous poudre et le son vous nourrit.
Affectant d'étaler une opulence fausse ,
On voit Lriller l'argent sur le veau qui vous chausse;
11 brille à vos poignets , il brille à vos genoux.
Ali ! des impôts accrus désormais plaignez-vous !
Ou plutôt accusez vos fiertés indiscrètes.
Vêtus comme le riche, on pense que vous l'êtes :
Et certes qui saura votre sort indigent,
Lorsqu'eu effet sans pain vous êtes tout argent!
« Plus fidèles jadis aux lois de la nature.
Nous ne nous vêtions pas de notre nourriture.
De nos tissus grossiers tout art était banni.
Mais notre pain souvent de lard était garni.
D'oîi naquit tant d'orgueil dans nos humbles bocages!
Et quel ciiaugenieut même eu uos nymphes volages!
Vous voyez leurs cheveux avec art retroussés;
Les rubis sur leurs doigts sont daus l'or cuchàssts;
Le père eu ses atours ne connaît plus sa fille. Et sur des fronts hàlés le ruban partout brille. O nympLes de ces lieux, pour vos simples appas, N'éclot-il pas assez d'ornements sous vos pas?
« Vous , mes filles , gardez les mœurs de votre mère
C'est non par des atours qu'elle avait su me plaire.
Nul ruban ne chargea son front enorgueilli :
Un bouquet l'ornait mieux quand je l'avais cueilli.
Fuyez une parure au hameau étrangère :
La toison des brebis convient à la bergère. »
C'étaient là du vieillard les dernières leçous. Déjà sa voix rappelle en vain ses derniers sons. La nature en Damou succombe au poids de l'âge; De deux bras vainement sa marche se soulage ; Il sent fléchir sous lui ses genoux affaiblis; Et bientôt, étendu sur son humble châlis. Ne se déguisant point son atteinte mortelle. Des ministres sacrés fait prévenir le zèle.
Uu auguste appareil ranime sa ferveur.
Sou sein est palpitant devant son Dieu sauveur;
io4 NOTES.
Il s't'int'iit, il ^'clfoiTC, c-t tient ciu-oi drcsMTs Au lii'l des luaius déjà d'uu iroid mortel glacées.
Les lariues ecpeiidaut coiilcuL de tous les yeux : Vingt cris mal étoulfés troublent les rits pieux; L'eff'oit de la douleur rompt toute les barrières , Et les sanglots confus sont uièlcs aux prières. Seul, morue et l'œil aride , accablé sous le poids , L'aîué des 111s restait sans larmes et sans voix. Mais l'azyme céleste, et les ouctious saintes. Au mourant ont rendu ses facultés éteintes; Et lui-niéino étonné de ses nouveaux accents: '. Calme/., dit le vieillard, vos eris attendrissauls. l'réts à nous séparer , que la foi nous soutienne , Et pleurez eu clirélicns si ma mort est clirétieuiie. Pourquoi vivrais-je encore? inutile ici-bas. Ma vieillesse est déjà l'image du trépas. Mou long pèlerinage eniin touelie à .sou terme; .Saus a[)p(^ler la mort, je l'attends d'un pied ferme. ,Ic suis pe<'luMir; mais Dieu, s'il juge, est père aussi, Et je .sais qu'aisément «n père est adouci ; Mais , quoiqu'il me fût doux d'exercer la clémence , Mon amour fut borne , quajid le sien e.st immense.
De nos toits indigents garerez les simples mœurs. Aimez-vous, servez Dieu , servez vos rois : je meurs.
Ainsi finit Damou. L'ou ne put reconnaître Ses enfants à leurs pleurs et rbacun parut l'être. Tout le hameau suivit la pompe du cercueil , Et le Maire en pleurant prit un coiu du linceul.