MYRTIL, OU LE NAUTONNIER
Sortez du frais séjour de vos grottes humides.
Nymphes de l'Océan , divines Néréides ,
Les vents sont apaisés, le ciel est azuré.
Et l'air serein , partout, rend le calme assuré.
Ecoutez les discours que ,sur ces bords sauvages.
Le nautonnier Myrtil, honneur de ces rivages.
De la jeune Orillis ardemment amoureux ,
Fit aux roclicrs, moins sourds qu'il n'était malheureux.
" Des vagues et des vents si long-temps agitée, Ma barque aborde enfin la terre souhaitée.
io8 \OTES.
■J'erre à mes yeux si chère , et le riaut séjour Où demeure l'objet de mon fuuestc amour.
« Typhis, garde la nef de crainte des orages!
Et si la uuit liumide assemble les nuages.
Jette l'ancre en la mer, ou , si les vents du Nord
Viennent troubler les flots, vogue tout près du bord;
Maib évite les bancs : ces cotes dangereuses
Aux plus Mcux matelots sont souvent mallieurcuso.
« OriUis , qu'attcnds-tu , qui te peut retenir? Pourquoi , sur ces rochers où l'on te vit venir Seule, te dérobant à tes autres compagnes. Regarder l'Océan et ses vastes campagnes. Ne moutres-tu de loin l'aise de mon retour Par de longs cris mêlés de i)laisir et d'amour? Quel Uieu t'a pu changer? »jucllc nouvelle flamme. Absent et malheureux, m'a banni de ton anie ?
Hélas! de ton Myrtil les Nymphes sont éprises, Tuliumaine Orillis, et toi ta le méprises ; Seule d'un nautonnier tu dédaignes les vœux, '.ruelle; et ton orgueil se nioque de mes feux.
« Mais ma condition n'est pas si ravalée ; lies dieux ont comme moi fendu l'onde salée , Et les premiers héros conquirent la toison Dans la nef que tu vois briller à l'horizon.
O farouche Orillis, sois-moi plus favorable. Et reçois les présents d'un amant misérable : J'ai deux fruits indiens en vase façonnés , Qu'un Arabe fameux m'a depuis peu donnés.
Je te garde un oiseau qui , m'oyant tout le jour
Une, f aime Orillis, le redit à son tour.
J'ai refusé ces dons à la jeune Élimènc
Fille du vieil Elpin, quoicfn'ellc eût pris la peine,
Mêlant sa douce voix à ses brillants regards,
De m'en prier long-temps, par mes derniers hasards.
Par ceux que j'ai courus en l'un et l'autre monde ,
Par Thétis , par Neptune et par les dieux de l'onde :
Et certes je devais contenter son désir.
Car son aroe n'est pas insensible au plaisir.
« Mais toi , rien ne te touche, ô fille impitoyable! Je veux , pour contenter la douleur qui m'accable , 2 10
iio NOTES.
Déchirer ce bouquet du Levant apporté.
Digue d'orner ta tète et d'être regretté. En vain, pour satisfaire à ma flamme amoureuse. J'ai pillé, daus les Lois de l'Arabie heureuse, L'arbrisseau de la myrrhe et celui de l'encens; Et, joignant aux lauriers les citrons jaunissants , J ai tissu de mes mains une verte corbeille , Pleine de ces limons de grosseur nonpareillc : Hélas ! tout ce travail fut pris trop vainement. Puisque tu prises moins les soius de ton amant Qu'un roc ne fait les flots, ou les flots les rivages. Et qu'enfin mes présents te semblent des outrages. Malheureux ! à quoi bon gémir dans ces déserts? Ma voix et mes soupirs se perdent dans les airs ; Orillis n'entend rien, et le jaloux Zéphyrc Emporte mes discours, comme il fait ni.'iu navire.
« Que te sert , Orillis , de consumer ton Age Daus les antres déserts qui bordent cette plage • Et, laissant écouler le printemps de mes jours. Près de la vieille Ella de travailler toujours? Que te sert tous les soirs de voir ta main lassée
Achever eu tombaut la tâche commencée ? l'iutôt, si tu m'en crois , monte sur mon bateau,
Viens voir des dieux marins le grand palais humide. Fait de cristal flottant et de marbre liquide ; Là Thétis, en riant, caresse tout le jour L'image du soleil , attendant sou retour; Et, quand la nuit paisible étend ses sombres voiles , Sur les flots azurés brillent d'autres étoiles. Ici Nature a mis ce miracle fameux , Où la Lune conduit l'Océan écumeux ; Ici le vieux pilote , observant la boussole , Voit l'aimant amoureux suivre toujours le pôle. Pourquoi s'en étonner ? chacnn suit son plaisir ; Myrtil suit Orillis , son astre et son désir. Ici les corps trompeurs des baleines pesantes Sont pris par les pêcheurs pour de^ îles flottantes. Le soufflant physitère y jette eu l'air de l'eau : Des phoques paresseux là dort le grand troupeau; Là le pompile adroit suit la barque, et se joue Tantôt devers la poupe , et tantôt vers la proue ; Ici Vénus, d'Egypte en Cypre voyageant.
Dans sa conque de nacre bcurcusenicut nageant ,
ÏI2 NOTES.
Semble , de mille Amours et de Grâces suivie. Reprendre sur les flots une autre fols la vie.
« Nos travaux sont légers sur les plaines humides ,
Quand le dos de la mer ne montre point de rides.
Et que notre vaisseau, par le vent délaissé,
A la voile pliée et le mât abaisse :
Alors les avirons , sous nos mains vigonreuses.
Luttent contre la paix des ondes paresseuses... etc.