‹ uvres complètes de MolièreChapitre 12 sur 553 · ACTE I, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE V

ÉLISE

Ce sont des choses...

HARPAGON

J'en aurois bon besoin.

CLÉANTE

le pense que...

HARPACOM.

Cela m^accommoderoit fort.

ELISE

Vous êtes...

HARPAGON

Et je ne me plaindrois pas , comme je fais , que le temp« est misérable *.

CLÉANTE

Mon Dieu! mon père, vous n'avez pas lieu de vous plaindre, et l'on sait que vous avez assez de bien. »«».

HARPAGON

Comment , j'ai assez de bien ! Ceux qui le disent en ont menti. Il n'y a rien de plus faux ; et ce sont des coquins qui font courir tous ces bruits-là.

ÉLISE

Ne vous mettez point en colère.

HARPAGON

Cela est étrange, que mes propres enfants me trahissent, et deviennent mes ennemis.

CLÉANTE

Est-ce être votre ennemi que de dire que vous avez du

bien?

HARPAGON

Oui. De pareils discours, et les dépenses que vous faites, seront cause qu'un de ces jours on viendra chez moi me couper la gorge , dans la pensée que je suis tout cousu de"

pistoles.

CLÉANTE

Quelle grande dépense est-ce que je fais?

' Daxis Plante, Euclinn répète sans cesse qu'il ett pauvre, ce qai est (oit bien; ais HarpagOD (iit la même chose, ce qui est encore mieux, parce qu'on sait lo oniraire. EuclioD est pauvre, et est à peu prèa dans le cas du savetier de La yoDtaioe, à qui ses ceot écus tournent la tèle: il a trouvé dans sa maison un tre'sor dans un pot de (erre que son grond-père avait enTcui. Dans FAvare de Molière, ce trésor n'a pas été trouvé ; il a été amassé, ce qui vant beaucoup mieux; de plus. Harpagon est riche e* '^obdo sont tel, ce qui rend son avarie* plus odieuse l't QioiDS excBsable. (La Harpe.)

HARPAGON

Quelle? Est-il rien de plus scandaleux que ce somptueus équipage que vous promenez par la ville? Je querellois hier votre sœur; mais c'est encore pis. Voilà qui crie vengeance au ciel; et, à vous prendre depuis les pieds jusqu'à la tête , il y auroit là de quoi faire une bonne constitution Je vous Tai dit vingt fois, mon fils, toutes vos manières me déplaisent fort; vous donnez furieusement dans le marquis; et, pour aller ainsi vêtu, il faut bien que vous me dérobiez.

CLÉANTE

Hé! comment vous dérober?

nARPAGON.

Que sais-je, moi * ? Où pouvez-vous donc prendre de quoi entretenir l'état que vous portez ?

CLÉANTE

Moi, mon père? c'est que je joue; et, comme je suis fort heureux, je mets sur moi tout l'argent que je gagne.

HARPAGON

C'est fort mal fait. Si vous êtes heureux au jeu , vous eu devriez profiter, et mettre à honnête intérêt l'argent que vous gagnez, afin de le trouver un jour. Je voudrois bien savoir, sans parler du reste, à quoi servent tous ces rubans dont vous voilà lardé depuis les pieds jusqu'à la tête , et si une demi-douzaine d'aiguillettes ne suffit pas pour attacher un haut-de-chausscs. Il est bien nécessaire d'employer de l'argent à des perruques , lorsque l'on peut porter des cheveux de son cru , qui ne coûtent rien î Je vais gager qu'en perruques et rubans il y a du moins vingt pistoles ; et vingt pistoles rapportent par année dix-huit livres six sous huit deniers, à ne les placer qu'au denier douze'*.

CLÉANTE

Vous avez raison.

HARPAGON

Laissons cela, et parlons d'autre affaire. (Apercevant ciéaou

et Élite qni se font des signes.) Hé! (Bas, à part.) Je crois qu'ils Se font

signe l'un à l'autre de me voler ma bourse. (Haut ) Que veulent dire ces gestes-là ?

' TàB. Que sais-je? Où pouvez-vous doic, etc.

' Cd denier d'iotérèl pour douze prêtés, c'est-à-dire un peu pin* tfe bait pour cent.

ACTii 1, SCENE V. 21

ÉLISE

Nous marchandons , mon frère et moi , à qui parlera le smier ; et nous avons tous deux quelque chose à vous dire.

lURPACON.

Et moi j'ai quelque chose aussi à vous dire à tous deux.

CLÉANTE

C'est de mariage, mon père, que nous desirons vous parler-

HARPAGON

Et c'est de mariage aussi que je veux vous entretenir.

ÉLISE

Ah ! mon père I

HARPAGON

Pourquoi ce cri ? Est-ce le mot, ma fille , ou la chose qiîi vous fait peur?

CLÉANTE

Le mariage peut nous faire peur i tous deux, de la façoo que vous pouvez l'entendre ; et nous craignons que nos sentiroeuts ne soient pas d'accord avec votre choix.

Un peu de patience; ne vous alarmez point. Je sais ce qu'il faut à tous deux , et vous n'aurez , ni l'un ni l'autre , aucun lieu de vous plaindre de tout ce que je prétends faire ; et, pour commencer par un bout, |à ciéante) avez-vous vu, dites-moi, une jeune personne appelée Mariane, qui ne logs pas loin d'ici ?

CLÉANTE

HARPAGON

ÉLISE

Oui, mon père

Et vous ?

J'en ai oui parler

HARPAGON

Comment, mon fils, trouvez-vous cette fîll«?

CLÉANTE

Une fort charmante personne.

HARPAGON

Sa physionomie?

CLÉANTE

Tout honnête et pleine d'esprit.

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