‹ uvres complètes de MolièreChapitre 140 sur 553 · ACTE I, SCÈNE I. \T · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. \T

La bassesse de ma fortune, dont H plaît au cid de ra battre l'ambition de mon amour; le rang de la princesse qui met entre elle et mes désirs une distance si fâcheuse la concurrence de deux princes appuyés de tous les grand» titres qui peuvent soutenir les prétentions de leurs flammes, de deux princes qui, par mille et mille magnificences, sf disputent à tous moments la gloire de sa conquête , et sui l'amour de qui on attend tous les jours de voir son choix se déclarer; mais plus que tout, Clitioas, le respect inviolable où ses beaux yeux assujettissent toute la violence de mon •rdeur.

CLITIDAS.

Le respect bien souvent n'oblige pas tant que l'amour; el je me trompe fort, ou la jeune princesse a connu votre flamme, et n'y est pas insensible.

SOSTRATE

Ahl ne t'avise point de vouloir llatter par pitié le cœur d'un misérable

CLITIDAS.

Ma conjecture est fondée. Je lui vois reculer beaucoup le choix de son époux , et je veux éclaircir un peu cette petite affaire-là. Vous savez que je suis auprès d'elle en quelque espèce de faveur, que j'y ai les accès ouverts, et qu'à force de me tourmenter je me suis acquis le privilège de me mêler à la conversation , et de parler à tort et à travers de toutes choses. Quelquefois cela ne me réussit pas, mais quelquefois aussi cela me réussit. Laissez-moi faire, je suis de vos amis; les gens de mérite me touchent, et je veux prendre mon temps pour entretenir la princesse de...

SOSTRATE

Ah! de grâce, quelque bonté que mon malheur t'inspir garde-toi bien de lui rien dire de ma flamme. J'aimeroi mieux mourir que de pouvoir être accusé par elle de la moindre témérité ; et ce profond respect où ses charmes divins

lutidas.

Taisons-nous volei loiit le muade.

\':r les amants magnifiques.

SCÈ\E II. — ARISTIONE, IPHICRATE , TIMOCf.ÈS, SOSTHATE, ANAXARQUE, CLÉON, CLITIDAS.

ARISTIONF. , à Iphicratp.

Prince, je ne puis me lasier de le dire, il n'est point de spectacle au monde qui puisse le disputer en nîagnificence k celui que vous venez de nous donner. Cette fête a eu des or« nements qui l'emportent sans doute sur tout ce que l'on sauroit voir; et elle vient de produire à nos yeux quelque chose de si noble, de si grand et de si majestueux, que le ciel même ne sauroit aller au delà ; et je puis dire assurément qu'il n'y a rien dans l'univers qui s'y puisse égaler.

Tl MO CLÉS.

Ce sont des ornements dont on ne peut pas espérer que toutes les fêtes soient embellies; et je dois fort trembler, madame, pour la sirtiplicite du petit divertissement que je m'apprête à vous donner dans le bois de Diane.

ARISTIONE.

Je crois que nous n'y verrons rien que de fort agréable; et, certes, il faut avouer que la campagne a lieu de nous paroître belle, et que nous n'avons pas le temps de nous ennuyer dans cet agréable séjour qu'ont célébré tous les poètes sous le nom de Tempe. Car enfin , sans parler des plaisirs de la chasse que nous y prenons à toute heure, et de la solennité des jeux pythiens que l'on y célèbre tantôt, vous prenez soin l'un et l'autre de nous y combler de tous les divertissements qui peuvent charmer les chagrins des plus mélancoliques. D'où vient, Sostrate, qu'on ne vous a point TU dans notre promenade?

SOSTRATE

Une petite indisposition , madame , m'a empêché de m'y trouver.

IPHICRATE

Sostrate est de ces gens , madame , qui croient qu'il ne sied pas bien d'être curieux comme les autres; et il est beau d'affecter de ne pas courir où tout le monde court.

SOSTP.ATE.

Seigneur, l'affectation n'a guère de part à tout ce que je fais; et, sans vous faire compliment, il y avoit des choses à voir dans cette fête qui pouvoient m'attirer, si quelque autre motif ne m'avoit retenu.

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