‹ uvres complètes de MolièreChapitre 170 sur 553 · ACTE IV, SCENE Vil · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE Vil

vous font trop achelcr le plaisir que Ton trouve à contenter son inclination. C'est à quoi, Sostrate, je ne me scrois jamais résolue; et j'ai cru faire assez de fuir l'engagement da:i j'élois sollicitée. Mais, enfin, les dieux veulent prendre euxnièines le soin de me donner un époux ; et tous ces longs délais avec lesquels j'ai reculé mon mariage, et que les bontés de la princesse ma mère ont accordés à mes désirs : ces délais, dis-je, ne me sont plus permis, et il me faut ré •oudre à subir cet arrêt du ciel. Soyez sûr, Sostrate, que c'est avec toutes les répugnances du monde que je m'abandonne à cet hyménée; et que, si j'avois pu être maîtresse de moi, ou j'aurois été à vous, ou je n'aurois été à personne. Voilà, Sostrate, ce que j'avois à vous dire; voilà ce que j'ai cru devoir à votre niérite , et la consolation que toute ma tendresse peut donner à votre flamme,

SOSTRATE

Ah ! madame , c'en est trop pour un malheureux ! Je ne m'étois pas préparé à mourir avec tant de gloire; et je cesse, dans ce moment, de me plaindre des destinées. Si elles m'ont fait naître dans un rang beaucoup moins élevé que mes désirs, elles m'ont fait naître assez heureux pour attirer quelque pitié du cœur d'une grande princesse; et cette pitié glorieuse vaut des sceptres et des couronnes, vaut la fortune des plus grands princes de la terre. Oui, madame, dés que j'ai osé vous aimer (c'est vous, madame, qui voulez bien que je me serve de ce mot téméraire), des que j'ai, dis-je, osé vous aimer, j'ai condamné d'abord l'orgueil de mes désirs; je me suis fait moi-même la destinée que je devois attendre. Le coup de mon trépas , madame, n'aura rien qui me syrprenne, puisque je m'y étois préparé; mais vos bontés le comblent d'un honneur que mon amour jamais n'eût osé espérer; et je m'en vais mourir, après cela, le plus content et le plus glorieux de tous les hommes. Si je puis encore souhaiter quelque chose, ce sont deux grâces, madame, que je prends la hardiesse de vous demander à genoux : de vouloir souffrir ma présence jusqu'à cet heureux hyménée qui doit mettre fin à ma vie ; et, parmi cette grande gloire et ces longues prospérités que le ciel promet à votre union, de vous souvenir quelquefois de l'amoureux Sostrate. Puis-je, divine princesse, me promettre de vou» eette précieuse faveur'

ÉRIPHILE

Allé*, Soslrate, sortez d'ici. Ce n'est pas aimer mou repoi que de me demander que je me souvienne de vous.

SOSTRATE

Ah! madame, si votre repos...

IZRIPHILE.

Otez-vous, vous dis-je, Sostrate; épargnez ma foibîesae «t ne m'exposez point à plus que je n'ai résolu.

Page 1